ENVOYÉ SPÉCIAL À TRÈVES

En trois éditions mondiales seulement, le Rallye d'Allemagne s'est forgé une solide réputation. Centré à l'est de Trèves, ville proche de six nations située à 100km à peine de notre frontière, la 11e manche de la compétition 2005 peut revendiquer le titre de plus européen des rallyes mondiaux. Belges, Néerlandais, Luxembourgeois, Suisses et Français se joignent généralement nombreux aux autochtones pour en faire une épreuve éminemment populaire.

Le Deutschland se distingue aussi en proposant trois types de spéciales bien différentes: d'abord des tracés sinuant d'une épingle à l'autre en grimpant et dévalant les coteaux de Moselle ce vendredi, ensuite des routes lisses et rapides du Saarland pour l'étape finale de dimanche, et surtout, pour demain, les fameuses pistes de chars bordées de menaçants hinkelstein (menhirs) du camp militaire de Baumholder. C'est le revêtement de ces pistes, patchwork de béton, terre, pavés, gravier et herbe, qui a valu à l'épreuve son surnom de «moins asphalte des rallyes asphalte ».

Dernière particularité, et non des moindres, la région de Trèves fait partie de celles que les météorologues qualifient de dynamiques. Sol dont la chaleur estivale est génératrice d'orages et présence au nord (Eifel) et au sud-est (Hunsrück) de massifs entre lesquels le profond couloir mosellan forme une sorte d'autoroute qu'empruntent à vive allure les perturbations. Bref, la pluie peut s'inviter très rapidement, noyant brutalement toute la zone sous des trombes d'eau, ou bien humidifiant de manière aléatoire des spéciales qui ont tôt fait ensuite de s'assécher. L'exercice toujours délicat du choix des pneus prend alors l'allure d'un infernal casse-tête.

Duval sur le podium?

Des conditions difficiles que connaissent très bien l'Alsacien Sébastien Loeb, autoritaire leader du Mondial invaincu en trois participations sur ses terres, et son équipier belge François Duval, seul à pouvoir le suivre -et même le devancer!- l'an dernier avant d'être trahi par la mécanique de sa Ford et de finir 2e. Tous les paramètres semblent donc réunis pour que Citroën, avantagée notamment par des gommes Michelin, signe son premier doublé de l'année. Pour autant que notre Dudu national ait retenu la leçon de Monte-Carlo et ne cherche pas à suivre le rythme de son équipier. On peut compter sur Guy Fréquelin pour lui rappeler à chaque retour au parc d'assistance que le moment n'est pas encore venu de jouer sa carte personnelle en visant sa 1re victoire mondiale. Mais qu'il doit plutôt sagement assurer (enfin, façon de parler) de gros points afin que Citroën repasse Peugeot dans la bataille sans trêve opposant les cousins ennemis dans la lutte acharnée pour le titre constructeurs. Quasi obligatoire pour se racheter, le podium allemand que l'on attend de Duval pourrait définitivement le libérer pour la Corse et l'Espagne. Et créer une éclaircie dans le ciel assombri de son avenir au-delà de 2005. Avec Citroën, Kronos ou un autre...

Une nouvelle bévue par contre, contrat ou pas, qu'il soit encore au départ des prochaines joutes japonaise et anglaise, où seul un Duval remis en selle et bien dans sa tête pourra rivaliser avec Markko Martin, sa mission principale sur la terre.

© Les Sports 2005