Paul Frère est décédé, hier, dans le Midi de la France. Celui qui fut, avec Jacky Ickx et Thierry Boutsen, l'un des trois grands de notre sport automobile - c'est le pilote belge qui marqua le plus de points en F 1 à Francorchamps - est né le 30 janvier 1917, au Havre, et a passé une partie de sa jeunesse en France puis en Allemagne.

Il effectua ses études à Bruxelles, notamment à l'école de commerce Solvay où il décrocha, en 1940, un diplôme d'ingénieur commercial. Son mémoire traitait des moteurs à explosion, et il avait été touché par le virus de la compétition automobile dès l'âge de neuf ans, en assistant, en 1926, aux 24 Heures de Spa. Sa passion pour la technique automobile était absolue, et il décida d'y consacrer toute sa vie.

C'est ainsi que, dès 1942, il devint secrétaire général de ce qui allait devenir la Febiac (la fédération belge de l'industrie automobile), puis travailla pour plusieurs sociétés automobiles, comme Kaiser Frazer, Jaguar, General Motors, etc. et donna des cours de mécanique automobile à Anderlecht.

Parallèlement, il fut rapidement un sportif de haut niveau. En aviron, tout d'abord, une discipline très en vogue, à l'époque. Il y fut champion de Belgique à cinq reprises, et représenta même notre pays aux championnats d'Europe.

Très vite, cependant, ce sont les moteurs qui accaparèrent toute son attention. La moto, d'abord, sous le pseudonyme de Frepau (diminutif de Frère Paul); puis l'auto, bien sûr.

Il entama sa carrière en 1948, sur une modeste MG, avec laquelle il termina à la quinzième place aux 24 Heures de Spa, aux côtés de Jacques Swaeters, le futur importateur belge de Ferrari.

Sa première victoire, il la remporta en 1950, au volant d'une Panhard, en lever de rideau de Liège-Rome-Liège. Il réédita cette victoire en 1951, puis, sur Oldsmobile, et remporta sa première grande victoire en 1952, au Grand Prix des Frontières, au volant d'une HWM. C'était une épreuve de Formule 1 disputée hors championnat.

Sa première apparition en championnat de Formule 1 se déroula à Francorchamps, toujours au volant d'une HWM au volant de laquelle il termina à la cinquième place.

Tout en n'ayant jamais été pilote professionnel, il fut pilote officiel pour Aston Martin, Gordini, Jaguar et Ferrari. Il prit onze points au GP de Belgique de F1 (HMV, Ferrari, Gordini) et termina deuxième en 1956. Il collectionna les places d'honneur aux 24 Heures du Mans (vainqueur avec Gendebien en 1960, deuxième en 59 sur Aston Martin, quatrième en 57 sur Porsche et en 58 sur Jaguar, etc.).

Le père de la Porsche 911

Il mit à terme à la compétition en 1966, se consacrant dès lors à son métier de journaliste, d'essayeur et d'ingénieur. Il resta, jusqu'à sa mort, une sommité du monde automobile et peut être considéré, notamment, comme le père de la Porsche 911 et de la Honda NSX.

C'est, d'ailleurs, en testant une Honda Civic TypeR au Nurburgring - un des rarissimes accidents de sa carrière -, il y a quelques mois, qu'il fut grièvement blessé (poumons perforés, côtes cassées et bassin fracturé), et ne se remit jamais de ce choc. D'autant que, deux ans auparavant, alors qu'il circulait à moto dans le Midi - il s'était installé à Monaco et à Saint-Paul de Vence - il avait été renversé par un chauffard. Mais ces avatars n'avaient, en rien, entravé sa passion.