Les amateurs de basket ne s'en choquent pas mais les spectateurs plus irréguliers du sport au ballon orange s'en étonnent parfois. Les joueurs, quel que soit leur niveau, passent leur temps à se lancer des tapes dans les mains et sur les fesses, des "high five" et autres poitrines contre poitrines entre chaque phase de jeu. Mais pourquoi ?

Plus de contacts pour plus d'efficacité ?

La NBA, compétition où le concentré de stars des parquets est le plus dense, est évidemment "the place to be" lorsqu'il s'agit d'assister au basket-spectacle. En 2010, des chercheurs se sont intéressés à sa communication non verbale. Michael W. Kraus et son équipe ont épié le comportement de chaque joueur pour en déduire que, à quelques exceptions près, les bonnes équipes (les Celtics de Boston et les Lakers de Los Angeles en tête) avaient tendance à avoir plus de contacts physiques que les moins bonnes, comme les Kings de Sacramento et les Bobcats de Charlotte.

Au niveau individuel, Kevin Garnett (Boston Celtics) et Chris Bosh (Toronto Raptors à l'époque, Miami Heat depuis), deux des plus grandes stars de la ligue, étaient les joueurs les plus "touchés" par leurs partenaires. Six petits dixièmes de seconde étaient en moyenne nécessaire à Garnett pour taper dans les mains de quatre partenaires avant d'effectuer un lancer franc !

Ces chercheurs ont assuré avoir utilisé un système sophistiqué, allant au delà de l'étude des points marqués et des statistiques les plus évidentes. Et ce pour prouver que le lien de causalité est bien à effectuer dans le sens contact physique-efficacité, et non à expliquer par le fait que l'on tape plus facilement dans la main d'un joueur en réussite.

Une explication scientifique et mentale

Cette même étude a mis en avant une explication scientifique au phénomène décrit ci-dessus. Un contact physique déclenche en effet la diffusion d'Oxytocine, qui dégage en nous un sentiment de confiance puisqu'il contre la cortisol, hormone du stress. Philippe Godin, psychologue du sport qui travaille notamment avec la famille Borlée, se veut toutefois sceptique. "Cela a été prouvé dans le cadre d'une approche amoureuse, sexuelle. Mais les athlètes qui sont en situation ont une fréquence cardiaque de 170-180 pulsations par minute et cette activité sportive peut expliquer à elle seule la production de certaines hormones. Je ne crois pas que les tapes dans les mains y soient pour beaucoup."

Côté mental, le contact physique avec ses partenaires permet de soulager le poids qui est sur les épaules du joueur. Cela lui donne l'impression que la charge est partagée et qu'il est soutenu par les siens. C'est sans doute-là que les "high five" et autres trouvent leur efficacité maximum. "Cela amène indéniablement un sentiment de solidarité. Ces signes créent un tissu social, une adhésion à un projet commun" reprend Philippe Godin.

Celui-ci nous a confié s'être occupé d'un basketteur professionnel il y a quelques années. "C'était un Américain venu jouer en Belgique qui était très bon techniquement mais distant sur le parquet vis-à-vis de ses partenaires. Son aura et son influence sur le groupe étaient nulles car il n'avait pas un comportement collectif poussé à l'extrême au niveau de la communication non verbale et cela a entravé sa progression dans le championnat belge".

Un show avant tout

Difficile, donc, d'assurer qu'un joueur qui ne tripote pas ses équipiers est moins efficace balle en main. Celui-ci risque par contre d'être mal vu et d'enrayer l'esprit de groupe des siens. "Ce comportement fait surtout partie des us et coutumes, aussi bien dans le basket qu'en hockey, par exemple. Chaque sport a ses habitudes et il est vrai que cela se voit moins en football. Mais il s'agit avant-tout d'un phénomène de mode et de mimétisme. Si on prend l'exemple du 'poitrine contre poitrine', c'est un geste apparu récemment. Ce côté show est intimement lié à la médiatisation croissante des différents sports. L'ambiance contribue au sport spectacle, qui encourage ce genre de comportements."