Bruce Lee nous a quittés il y a 40 ans et, pourtant, l'art martial qu'il a créé continue à prospérer. Plusieurs écoles belges d'arts martiaux enseignent en effet le Jeet Kune Do, souvent abrégé JKD. Mais en quoi consiste exactement cet art? LaLibre.be a interrogé Pierre Ruszil, le président de la fédération francophone de Wushu (Kung-fu) et professeur de Jeet Kune Do à Liège.


Pourquoi Bruce Lee a-t-il créé cet art?

Au départ, il pratiquait le Kung-fu. Mais, très vite, il en a remarqué les limites. Pour prendre un exemple simple, en boxe, on préfère entraîner ses poings que ses jambes. Les boxeurs ont ainsi des difficultés à donner de bons coups de pied. Bruce Lee a donc décidé d'intégrer à son Kung-fu les meilleures techniques des autres sports de combat afin de créer un art martial complet : le Jeet Kune Do.


Et Bruce Lee a tenu à prouver l'efficacité de ses techniques...

Oui, dans le film « Le jeu de la mort » qu'il réalise lui-même, on peut le voir monter un à un les étages d'une pagode. A chaque étage, un expert dans une spécialité l'attend. Il rencontre entre autres Dan Inosanto, spécialiste du Kali, et un maître en Hapkido. Bruce Lee parvient à tous les vaincre et arrive en haut de la tour grâce au Jeet Kune Do.


Mais le JKD a perdu son fondateur, cela l'empêche-t-il d'évoluer aujourd'hui?

Un autre avantage de cet art, c'est justement qu'il est en perpétuelle évolution. Chaque professeur de JKD peut intégrer ses propres savoirs dans ses cours. Récemment, j'ai moi-même intégré les nouvelles tendances du Krav-maga, qui est une méthode d'autodéfense très efficace contre les armes.


Les disciples du JKD ont des connaissances dans tous les arts martiaux. C'est donc un art d'élite...

Souvent, je parle du JKD en utilisant la métaphore du VTT. Avec un VTT, il est facile d'aller sur tous les types de terrain. En revanche, avec un vélo de ville, c'est simple de rouler sur du bitume mais compliqué de se sentir à l'aise dans les bois. De même, un karatéka sera très fort contre un autre karatéka mais sera vulnérable face à un boxeur. Si on fait du JKD, on n'est jamais surpris. On peut se défendre dans n'importe quelles circonstances.


Comment se déroulent les compétitions?

Il n'existe pas de championnat réservé au JKD. Les compétitions auxquelles nous participons sont les « open ». Mais, étant donné que le JKD mêle différentes techniques, rien ne nous empêche de participer à des championnats de karaté ou de sanda sur invitation. Certains de mes élèves sont d'ailleurs champions dans plusieurs arts martiaux différents.


Y a-t-il un système de ceintures comme en judo?

Encore une fois, cela dépend des écoles. Certaines ont instauré ce système, ce n'est pas mon cas pour le moment. Toutefois, j'y songe sérieusement.


Vos élèves connaissent-ils tous Bruce Lee?

Oui, étant donné que sa photo illustre nos affiches publicitaires. Mais, spontanément, si on demande aux gens qui a inventé le JKD, peu de gens savent répondre. Certains pensent que Bruce Lee ne pratiquait que du Kung-fu pur. Mais, dès qu'on me demande des informations sur cet art, je ne manque pas d'expliquer que c'est bel et bien Bruce Lee qui en est le fondateur.