L’Italien Valentino Rossi (Honda), tout de jaune vêtu sur sa machine du même ton, malmène les records de ses glorieux aînés mais ne les battra vraisemblablement pas tous, pressé qu’il est de passer à d’autres aventures.

A seulement 22 ans, le jeune pilote originaire de la côte adriatique de l’Italie a atteint des sommets que bien d’autres ne pourront jamais que convoiter. Comme ces alpinistes de l’extrème, il les enchaîne à un rythme échevelé.

Champion du monde 125 cc en 1997, des 250 cc en 1999 et des 500 cc en 2001, Rossi poursuivra sa quête sur deux roues pendant une, voire deux saisons. Le temps pour lui de conquérir un titre «MotoGP » en chevauchant une machine équipée du moteur cinq cyclindres quatre temps de 990 cc développée par Honda pour la nouvelle formule du Championnat du monde de vitesse, qui entre en vigueur au 1er janvier 2002.

Car déjà le petit génie de la moto moderne a rejoint son glorieux aîné Giacomo Agostini avec 11 victoires en une saison de 500 cc (1972). Il doit aujourd’hui regretter son seul faux pas de la saison, une chute à domicile, au Mugello (Italie), alors qu’il était en tête à un virage de l’arrivée, ce qui l’aurait hissé au niveau du record absolu de douze, signé par l’Australien Michael Doohan en 1997.

Est-ce un signe? Ce jour-là, les spectateurs italiens n’avaient pas vu en action l’habituelle flèche jaune aux couleurs de Nastro Azzuro Honda. Rossi avait arboré des tons originaux destinés à célébrer l’arrivée de l’été, une combinaison, un casque et une moto blancs ornés de contours de fleurs bleu ciel. Il les avait souillés et ne s’en est plus jamais paré.

Quatre roues

Le petit Valentino a donné l’image d’un jeune présomptueux quand, en début de la saison 2001, il a affiché sa prétention de succéder à l’Américain Kenny Roberts (Suzuki). Les sceptiques ont bien dû rengaîner leur morgue.

Aujourd’hui, le débat porte sur la capacité des quatre temps à remporter un championnat du monde. Il s’anime au fur et à mesure que les prototypes se développent et affichent une supériorité de plus en plus criante sur les circuits où ils sont testés.

Rossi lui-même hésitait au printemps. Il demandait à son motoriste de commencer sur sa machine de 2001 pour poursuivre la saison 2002 sur la nouvelle, «quand elle sera au point et aura démontré sa compétitivité ». Déjà plus convaincu à la fin de l’été, il se déclarait confiant lors du dernier Grand Prix, au Brésil et n’avait qu’une hâte: faire évoluer l’engin sur lequel il lancera son nouveau défi au monde de la moto, peut-être le dernier.

Car le jeune homme n’entend pas s’éterniser dans un sport dont il a déjà fait pratiquement le tour. Sans l’exprimer nettement, il laisse entendre à qui saura colporter l’information qu’il rêve d’un avenir dans les sports mécaniques, mais sur quatre roues et non plus sur deux. A tel point qu’on se demande déjà, chez Honda, quelle autre perle rare pourra remplacer l’Italien.

Lui se verrait bien aux commandes d’une voiture, une Formule 1, peut-être, mais plus sûrement une de ces vrombissantes bêtes de rallye automobile, une discipline qu’il adore. Deux ans lui suffiront-ils à devenir champion du monde?