Du jamais vu. En quelques heures, le mouvement initié par les joueurs de Milwaukee a fait tache d'huile, après avoir contraint la NBA à reporter deux autres rencontres également prévues mercredi, Houston-Oklahoma City et Los Angeles Lakers-Portland, les joueurs de ces équipes ayant également opté pour un boycott.

Ce sont d'abord les Brewers - sis comme les Bucks à Milwaukee, à une cinquantaine de kilomètres de Kenosha où a eu lieu le drame de dimanche - qui ont emboîté le pas en refusant de jouer contre Cincinnati. Deux autres matches de baseball (MLB) ont ainsi été reportés. Idem en MLS, la ligue nord-américaine de football, où cinq des six rencontres au programme ont été boycottées par les joueurs.

Puis, après que la Japonaise Naomi Osaka a décidé de ne pas disputer sa demi-finale du tournoi de Cincinnati, délocalisé à New York, les organisateurs de l'épreuve ont décidé à leur tour de reporter à vendredi les matches prévus jeudi.

"Le tennis prend collectivement une position contre l'inégalité raciale et l'injustice sociale qui une fois de plus ont été mises au premier plan aux Etats-Unis. La Fédération américaine de tennis (USTA), les circuits ATP et WTA ont décidé de reconnaître ce moment en interrompant le jeu", ont-ils indiqué.

Le report des matches de jeudi à vendredi est-il de nature à réintégrer Osaka dans le tournoi, si tel est son souhait? Interrogée par l'AFP, l'USTA n'avait pas donné de réponse dans l'immédiat. La Japonaise devait affronter Elise Mertens en demi-finales.

"En tant que femme noire, j'ai l'impression qu'il y a des questions beaucoup plus importantes qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis", a justifié la jeune femme de 22 ans née de mère japonaise et de père haïtien, et qui a souvent pris la parole ces derniers mois pour dénoncer l'injustice raciale.

Les joueurs NBA sont, eux, les plus proactifs sur ce terrain. La pose du genou à terre pendant l'hymne national, les mots "Black Lives Matter" peints en noir sur les parquets, les slogans au dos des maillots des joueurs, leurs prises de paroles régulières pour réclamer justice, étaient depuis la reprise de la saison la preuve de la mobilisation au sein de la ligue pour oeuvrer contre le racisme.

Mais trois mois après la mort de George Floyd, le sort de Jacob Blake, Afro-américain de 29 ans grièvement blessé lors de son interpellation, a causé un nouveau choc.

Les basketteurs ont été traumatisés par la scène filmée dans laquelle on entend sept coups de feu atteignant dans le dos ce père de famille qui essayait après avoir résisté à son interpellation d'entrer dans sa voiture où se trouvaient, selon son avocat, trois de ses fils âgés de 3, 5 et 8 ans.

"Au cours des derniers jours dans notre Etat, le Wisconsin, nous avons vu la terrible vidéo de Jacob Blake et les tirs supplémentaires sur les manifestants. Malgré le plaidoyer écrasant pour le changement, il n'y a pas d'action, donc nous ne pouvons pas nous concentrer aujourd'hui sur le basket", ont justifié les joueurs des Bucks.

Leur décision a surpris les joueurs du Magic, qui ont confié ne "pas avoir été au courant de l'initiative, tout y adhérant", et Barack Obama a félicité sur Twitter "les joueurs qui défendent ce en quoi ils croient", ajoutant "il faudra que toutes nos institutions défendent nos valeurs". Dans la foulée de ce premier boycott, la superstar des Lakers, LeBron James, a alors tweeté: "NOUS DEMANDONS LE CHANGEMENT. ON EN A MARRE", annonçant la suite.

Or selon ESPN et le site The Athletic, lors d'une réunion mercredi soir, lui et ses Lakers, ainsi que l'équipe des Clippers ont voté pour l'arrêt pur et simple de la saison NBA, contrairement aux autres encore concernées par les play-offs.

Les discussions doivent reprendre jeudi, tandis que la Ligue tiendra un conseil d'administration, impliquant les dirigeants et propriétaires de franchises, pour "répondre aux préoccupations des joueurs".

Trois matches sont au programme jeudi. Nul ne sait pour l'heure s'ils seront boycottés, ni si la saison va se poursuivre.