Empoignant son micro comme d'autres brandissent leur bâton de pèlerin, Etienne Lavigne, le nouveau patron du Dakar mesure ses mots. Le traditionnel briefing organisé hier en fin d'après-midi dans le Centro Cultural do Belem a des allures de spectacle. Massés à l'intérieur de l'hémicycle, les quelque 870 concurrents écoutent religieusement les ultimes consignes à la veille du grand départ. Face à l'engouement croissant suscité par leur épreuve et suite aux divers accidents de ces trois dernières années, les organisateurs ont fait de la sécurité leur principal cheval de bataille.

"Déplacer 850 véhicules, 22 avions, 10 hélicoptères et quelque 2 500 personnes quotidiennement en Europe et, surtout, en Afrique, n'est pas une opération qui se fait à la légère", nous avait-il glissé juste avant de se hisser sur scène. Les accidents en course et avec les populations locales sont devenus notre priorité..."

Jamais, en effet, le Dakar n'avait suscité un tel attrait. Et il suffisait de se balader hier dans les jardins du Palacio de Belem parmi les milliers de spectateurs lisboètes venus admirer cet étalage hors norme, pour s'en convaincre. Rangés méticuleusement sur les allées du parc, autos, motos et camions de course rutilants n'attendent que le signal du départ pour s'élancer, dès ce matin en direction de l'Algarve pour la première spéciale vers le Sud. A ce petit jeu, on aurait vite fait de se prendre pour Moïse, menant son peuple à travers le désert...

Victime de son gigantisme ?

Toujours plus grand, toujours plus fort, le Dakar fascine donc toujours autant de monde. Contraint de clôturer les inscriptions au mois de juin dernier, ASO a été obligé de laisser plus de 200 équipages à quai. Incroyable mais vrai ! Tandis que les petits rallyes peinent, la grande transsaharienne roule des mécaniques dans l'opulence. Mais nous ne sommes pourtant pas certains que Thierry Sabine, fondateur de l'épreuve voici près de trente ans, apprécierait le gigantisme dans lequel se pavane son rallye aujourd'hui.

De Thierry Sabine et de TSO il ne reste d'ailleurs rien... ou presque. Un à un, tous les successeurs du Phénix blanc ont été balayés par la machine ASO, également organisatrice du Tour de France. René Metge, Gilbert Sabine, Fenouil, Hubert Auriol, Patrick Zaniroli : tous ont cédé face à la logique commerciale et financière d'une organisation poursuivant implacablement son ascension en se détachant un peu plus chaque jour de ses racines.

Et le sport dans tout cela ? Il a encore sa place sur la plateforme émergée de cet impressionnant iceberg. Avec Mitsubishi et Volkswagen, mais aussi avec les teams semi-officiels comme X-Raid, ou les préparateurs avertis comme Schlesser, Dessoude ou Overdrive, ils sont aujourd'hui une quinzaine à pouvoir briguer une place sur le podium final de la plus grande des épreuves moteurs au monde. La seule à réunir autant de concurrents au départ. La seule aussi à offrir une telle variété dans la liste d'engagés.

Le rêve se perpétue

Car ce samedi matin, sur le podium de départ, on retrouvera non seulement trois anciens champions du monde des rallyes (Vatanen, Sainz et Biasion), mais aussi des anciennes étoiles de la F1 et des vedettes du showbiz. Au total 30 anciens vainqueurs de l'épreuve, mais aussi 43 nationalités différentes, 27 femmes (6 à moto, 17 en auto et 4 en camion) et 40 pc de nouveaux venus à moto !

Et c'est bien là que l'aventure humaine tient encore ses derniers vestiges. Pour accéder au rêve suprême, certains n'hésitent plus à s'élancer sur deux roues, bravant les risques implicites, pour cueillir un jour, peut-être, la gloire et... la satisfaction en atteignant les bords du fameux Lac Rose, loin, très loin des leaders des deux équipes officielles KTM, Marc Coma et Cyril Despres.

Sur un sol africain de moins en moins accueillant et en proie à de sérieux remous géopolitiques, le Dakar cherche pourtant de plus en plus sa voie. Cantonné le long de l'océan Atlantique, il ne peut plus se permettre trop de détours, empruntant les sentiers battus par trente passages dans la région. Mais comme aucun Dakar ne se ressemble vraiment le rêve se perpétue un peu plus chaque année.

© La Libre Belgique 2007