Voilà exactement huit jours que la coqueluche de la délégation belge a posé ses valises sur le sol athénien. Huit jours que cette adolescente de seize ans, plus jeune athlète belge présente à Athènes, tente d'assouvir sa soif de rencontres. «Je suis à la recherche des stars. J'espère vraiment croiser des gens comme Ian Thorpe, Inge De Bruijn, Venus Williams ou Marion Jones. Cela me ferait tellement plaisir.» En marge de cette quête, la petite Aagje Vanwalleghem met tout en place afin que son rêve d'enfant se passe bien. Car demain est le jour de son entrée dans le concours de gymnastique artistique.

Daisy De Bock, Sharon Vandromme et Min Dezillie, avec qui elle cohabite, n'ont de cesse de lui gonfler le moral. «Elles sont un peu trop sérieuses, ces trois adultes», lâche en rigolant la cadette de la délégation. Sérieuse et appliquée, voilà deux termes qui rythment la vie de Vanwalleghem depuis que sa mère adoptive l'a ramenée de son Brésil natal quand elle n'avait que vingt-quatre mois. A trois ans, elle reçut son premier violon. Suivirent ensuite ses premières notes au piano puis à la batterie. Aagje s'essayera même au ballet. Ce sens du rythme lui facilitera la tâche quand elle entamera sa carrière de gymnaste. «Ce que je préfère, c'est le saut. Malheureusement, je ne pourrai pas effectuer le plus dur possible car je souffre du pied droit. Si je retombe mal, je risque la fracture de stress. Tout simplement.»

Combative et volontaire, elle a d'ores et déjà promis à sa maman, Hilde, de mordre sur sa chique. «Je dois passer outre la douleur. Celle-ci ne m'a jamais fait craindre un forfait car une participation aux Jeux olympiques est mon rêve. Cela fait quatre ans que je ne vis que dans ce but.» Quatre ans qu'elle partage sa vie entre ses études de sciences à Gand et l'entraînement quotidien sous les ordres de Gerrit Beltman, le mentor en qui elle a une confiance aveugle.

Deux soeurs éthiopiennes

«Ma fille constitue un exemple pour ces deux soeurs», explique la maman. Auke (10) et Lieke (7) furent également adoptées. Mais en Ethiopie. «Si les services d'adoption me l'avaient autorisé, j'aurais deux enfants de plus aujourd'hui. Comme je ne suis pas mariée, ce n'est pas toujours facile. Heureusement, mon père et mon frère me sont d'une aide précieuse.» C'est à leurs côtés qu'Aagje profite des rares moments de congé que lui octroie son entraîneur. «Le samedi est mon seul jour de repos. J'en profite pour manger une glace. C'est mon plus grand plaisir même si elle doit être sans sucre car je ne peux pas prendre de poids», sourit ce petit bout d'1,56 mètre et 47 kilos.

C'est donc cette discipline de fer qui a permis à celle qui n'a jamais revu deux soeurs de sang laissées au Brésil de se qualifier en avril pour les JO. Heureux hasard, c'était à Rio, d'où elle est originaire.

© Les Sports 2004