Les violences sexuelles subies par d’anciennes athlètes de haut niveau mettent en émoi le monde sportif de l’Hexagone.

"J’ai été violée à 15 ans" : une nouvelle vague d’accusations contre des entraîneurs, menée par l’ancienne patineuse Sarah Abitbol et au cœur du livre Un si long silence, publié jeudi dernier, brise un peu plus le silence sur les violences sexuelles dans le sport de haut niveau. Multimédaillée en France et en Europe, médaillée de bronze mondiale de patinage artistique en couple en 2000, Sarah Abitbol accuse son ancien entraîneur, Gilles Beyer, d’agressions sexuelles et de viol entre 1990 et 1992, alors qu’elle était âgée de 15 à 17 ans. D’autres anciennes patineuses émettent des accusations similaires contre Beyer, champion de France 1978, et d’autres entraîneurs.

"Silence organisé"

Dans le magazine L’Obs, Sarah Abitbol affirmait avoir évoqué, après l’arrêt de sa carrière, le cas de Beyer. "J’ai compris que j’étais face à un silence organisé. Au fond, tout le monde me disait : ‘Prends tes médocs et tais-toi !’ J’ai obéi : j’ai pris mes médocs et je me suis tue", déclare-t-elle à L’Obs.

Ce scandale a conduit à une polémique entre la ministre française des Sports, l’ancienne nageuse Roxana Maracineanu, et l’inamovible patron du patinage artistique français, Didier Gailhaguet, 66 ans, président de la Fédération française des sports de glace (FFSG) qui s’est défendu mercredi : il a assuré n’avoir jamais couvert aucun cas d’abus dans son sport et a ciblé la ministre "moralisatrice", qui a appelé à sa démission. Il a réaffirmé qu’il se positionnerait une fois rendues les conclusions d’une nouvelle enquête administrative, diligentée par le ministère. Autant dire dans au moins plusieurs semaines. Juste avant qu’il ne s’exprime, la porte-parole du gouvernement, Sibeth N’Diaye, avait assuré qu’"évidemment", la demande de son départ était "partagée par l’ensemble du gouvernement".

Ce choix de Didier Gailhaguet de s’accrocher à la présidence qu’il occupe depuis 1998 (sauf une interruption entre 2004 et 2007) ne fait pas l’unanimité en interne : quatre membres du bureau exécutif (sur seize) de la FFSG ont démissionné. On se demande jusqu’où ira le président, déjà éclaboussé par une affaire de tricherie aux JO de Salt Lake City en 2002, puis contraint, en 2004, à la démission de la FFSG à cause d’une mauvaise gestion, mais qui avait retrouvé la présidence en 2007.

Concrètement, Roxana Maracineanu reproche à la fédération dirigée par Didier Gailhaguet d’avoir remis Gilles Beyer dans le circuit, au début des années 2000, malgré une enquête administrative soulignant des attitudes inappropriées avec de jeunes patineuses. L’enquête avait conduit le ministère à sortir Beyer de ses rangs en 2001, mais l’entraîneur avait retrouvé une place dans son club d’origine, les Français volants. Il a également exercé des mandats à la Fédération jusqu’en 2018.

Depuis que l’affaire a éclaté la semaine dernière, Gilles Beyer, 62 ans, a concédé avoir eu "des relations intimes" et "inappropriées" avec Sarah Abitbol, lui présentant des "excuses" que cette dernière a refusées.