Papa aboie, Aravane passe

C'est un beau roman, c'est une belle histoire! Sortie des qualifications, la jeune joueuse française d'origine iranienne Aravane Rezaï (WTA 142) s'est qualifiée, hier, pour le deuxième tour en battant la Japonaise Aï Sugiyama. Menée un set à rien et 4-2, Rezaï a remonté son handicap à sa façon, en se battant sur toutes les balles comme si sa vie en dépendait.

Mig.T.

C'est un beau roman, c'est une belle histoire! Sortie des qualifications, la jeune joueuse française d'origine iranienne Aravane Rezaï (WTA 142) s'est qualifiée, hier, pour le deuxième tour en battant la Japonaise Aï Sugiyama. Menée un set à rien et 4-2, Rezaï a remonté son handicap à sa façon, en se battant sur toutes les balles comme si sa vie en dépendait. Le public du court Suzanne Lenglen a apprécié et a réservé une ovation à la jeune championne.

Aravane Rezaï, 19 ans, est un sacré personnage. Sur le court mais aussi en dehors. Musulmane et fière de l'être, polyglotte (elle parle le français, l'anglais, le persan et un peu de russe), elle est poussée vers l'exploit par son père Arsalan qui croit en elle comme on croit en Dieu. Un peu à la façon du papa de Tiger Woods. «Un jour, elle sera n°1 mondial. Si ce n'est pas le cas, on rangera nos raquettes», dit-il, convaincu du potentiel et du talent de sa fille.

Pour relever le défi, papa Rezaï est prêt à consentir tous les sacrifices. En début d'année, pour financer les déplacements de sa fille à Dubaï et en Australie, il a emprunté auprès d'une banque. Et, en Europe, pour limiter les frais d'hôtel, il a transformé sa voiture en camping-car.

Lors de ce tournoi parisien, toujours par souci d'économie, Aravane loge chez une copine dans le XVe arrondissement. Grâce au «prize-money» qu'elle empochera en quittant ce tournoi de Roland Garros, Aravane Rezaï pourra apurer une partie de ses dettes et s'offrir des conditions de vie un peu meilleures pour la suite de sa carrière.

Reste à savoir si la mainmise du paternel ne sera pas négative, à long terme, sur le parcours de la joueuse. Arsalan n'est, en effet, pas facile à gérer. Son sale caractère lui a déjà valu quelques soucis et quelques cartes jaunes de la Fédération française. Bourru, pour ne pas dire parfois à la limite de la violence, il a déjà été à la base de nombreux scandales dans les coulisses du circuit féminin où les plaintes à son égard se sont multipliées.

«Tout ça, c'est de la jalousie. On ne veut tout simplement pas que ma fille bénéficie de wild cards», rétorque-t-il sans rire. Durant les matches d'Aravane, papa Rezaï est, en tout cas, d'une discrétion absolue.

Et pour cause: il préfère ne pas assister aux rencontres. «Comme il est très nerveux, c'est préférable pour lui», résume Aravane. En attendant, voilà la nouvelle star du tennis français au troisième tour. Hier, en quittant le Lenglen, Aravane (NdlR: fleur violette en persan) ne savait pas où donner de la tête pour répondre aux sollicitations. A ce rythme, on la retrouvera bientôt chez Fogiel ou Ardisson...

© Les Sports 2006