Kim repart à la conquête du monde

Un vent de nostalgie souffle sur le sport en cette année 2009. Après Lance Armstrong, Michael Schumacher, la retraitée Kim Clijsters a succombé, à son tour, au doux chant des sirènes sportives.

Thibaut Vinel
Kim repart à la conquête du monde
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Portrait

Un vent de nostalgie souffle sur le sport en cette année 2009. Après Lance Armstrong, Michael Schumacher, la retraitée Kim Clijsters a succombé, à son tour, au doux chant des sirènes sportives. Contrairement à "Schumi", le septuple champion sur le Tour de France et la première Belge numéro un mondiale à la WTA ont préparé en coulisse durant de nombreux mois leur come-back. Alors que le Texan a déjà fait ses preuves, la Limbourgeoise est impatiente de remonter sur scène.

Kim Clijsters avait mis fin à ses activités le 7 mai 2007 après avoir remporté 34 titres WTA, dont un Grand Chelem (l’US Open en 2005), deux Masters (en 2002 et 2003) et une Fed Cup avec la Belgique en 2001; après avoir aussi trôné au sommet de la hiérarchie mondiale durant 19 semaines pour la première fois le 11 août 2003.

Tracassée par des blessures à répétition et titillée par le désir croissant de fonder une famille, la native de Bree avait tiré sa révérence après dix saisons sur le circuit. A l’époque, convaincue par son choix, elle tenait le même discours qu’un Lance Armstrong ou un Michael Schumacher. "Ce fut plus que beau. Les raquettes sont rangées. Après mes adieux fantastiques à Anvers, le feu s’était éteint", précisait jadis la Belge qui avait reçu un accueil de superstar lors de sa finale du Proximus Diamond Games perdue face à l’Amélie Mauresmo de la belle époque. Ses "adieux belges" à la Métropole ont été si émouvants et bouleversants qu’elle a réalisé cette semaine de février 2007 que plus jamais elle ne ressentirait une telle sensation sur les autres tournois du circuit.

Néanmoins, elle a tenté de s’accrocher en s’alignant au tournoi de Varsovie, dont elle était tenante du titre. À l’issue de ce qu’elle pensait être le dernier match officiel de sa carrière, elle s’était inclinée au deuxième tour 7-6 (3), 6-3 face à la qualifiée ukrainienne Julia Vakulenko.

Si elle avait annoncé que 2007 serait sa dernière saison, les observateurs pensaient qu’elle achèverait sur le tournoi de Wimbledon, juste avant son mariage avec Brian Lynch. Fidèle à ses principes, elle a mis à terme à sa carrière le jour où elle a senti qu’elle ne prenait plus de plaisir à jouer.

"Stopper à près de 24 ans, c’est très jeune, mais c’était si beau. J’aurais facilement pu continuer encore quelques mois et participer aux quatre tournois les plus lucratifs (les trois tournois du Grand Chelem et les Masters). L’argent c’est important, mais certainement pas le plus important dans ma vie", relate celle qui, pour l’anecdote, a touché le plus gros chèque de l’histoire de la WTA à savoir 2,2 millions de dollars grâce à sa triomphale tournée américaine en 2005.

"La santé et la vie privée sont plus importantes que le tennis", rajoutait-elle à l’époque. En 2006, une blessure au poignet l’avait empêchée de défendre son titre à Flushing Meadows puis de disputer la finale de la Fed Cup. Elle a atteint les demi-finales de l’Open d’Australie cette année mais s’est blessée à la hanche. Un mois avant l’annonce de sa retraite, Clijsters avait ressenti des douleurs au dos après sa défaite à Key Biscayne.

Pourtant, le sport est une affaire de famille dans le clan Clijsters. Née le 8 juin 1983, un an après Justine Henin, Kim Clijsters est bercée dans les milieux sportifs dès ses premiers pas. Si son papa Lei est un footballeur internationalement reconnu, si sa maman Els est championne de Belgique de gymnastique, la jeune Kim optera pour un autre chemin sportif, celui du tennis. A l’âge de six ans, elle joue ses premières compétitions à Genk, au Tennisdel. Bart Van Kerckhove, son premier coach de 1992 à 1996, assiste à l’éclosion de sa protégée qu’il voit déjà au plus haut niveau mondial. À 11 ans, elle devient championne de Belgique chez les minimes. Son entraîneur n’hésite pas à parier un casier de bière que Kim intégrera le cercle très fermé du top 10 à la WTA.

Avant de réaliser cette prophétie, en 1996, elle rejoint l’école de tennis de la Fédération néerlandophone de tennis à Wilrijk. Cette structure de tennis-études est un tremplin efficace pour Kim qui fait notamment la connaissance de Carl Maes. Ce dernier la suivra lors des stages et des tournois à l’étranger et deviendra son coach de 1996 à juin 2002.

Avant de se lancer dans le grand bain de la WTA, la jeune Clijsters fait ses gammes en juniors avec succès. Elle devient en 1998 la plus jeune championne de Belgique en série A (15 ans). Dans les tournois ITF, l’antichambre du circuit WTA, elle récolte également de bons résultats. Finalement, en mai 1999, elle fait ses grands débuts sur le circuit WTA à Anvers où elle perd de justesse en quarts de finale contre la tête de série numéro 1, Sarah Pitkowkski.

Pour sa première saison complète sur le circuit en 2000, la Flamande remporte deux titres (Hobart et Leipzig), dispute une finale à Filderstadt et se fait ses premières armes sur les quatre levées du Grand Chelem. Grâce à toutes ses performances, la Limbourgeoise finit l’année dans le Top 20. Dix-septième mondiale à seulement 17 ans, la saison suivante est celle de la confirmation avec une finale d’anthologie à Roland-Garros contre Capriati, deux "quarts" (à Wimbledon et à l’US Open) en Grand Chelem, en plus de trois nouveaux titres.

L’ex-petite amie de Lleyton Hewitt se hisse à la cinquième place mondiale au bout de quatre années pro. Kim Clijsters enchaîne les titres en simple, mais bloque en Grand Chelem jusqu’en 2005. Entre-temps, elle aura joué quatre finales (trois fois battue par Justine Henin). Elle se sera imposée deux fois aux Masters, mais surtout en août 2003, elle devient la première numéro un mondiale à ne pas avoir remporté de titres du Grand Chelem (une performance réalisée peu de temps après par Amélie Mauresmo).

Durant les 27 mois de retraite, la jeune sportive a rattrapé le temps perdu. Après avoir mis sa vie privée entre parenthèses durant 10 ans, elle a vécu sa vie de femme, en toute simplicité, loin des médias. Ainsi, elle s’est mariée, à l’écart des caméras, avec le basketteur du club de Bree, Brian Lynch, avec lequel elle a donné naissance à une petite fille, Jada, en février 2008. Elle a aussi perdu son papa, Lei Clijsters, ex-Diable Rouge et Soulier d’Or en 1988, décédé le 4 janvier dernier. Au même moment, une succession de "hasards" a remis Kim sur les rails de la WTA. "Tout est parti d’une invitation que j’ai reçue pour disputer l’exhibition à Wimbledon le 17 mai. J’ai trouvé cela un grand honneur et je voulais dès lors me montrer à la hauteur. C’est pour cela que j’ai repris l’entraînement. Et l’appétit est venu en mangeant. J’ai été moi-même surprise par cette envie et c’est alors que l’idée d’un vrai retour a fait son chemin."

Après avoir tapé ses premières balles en décembre 2008, elle s’est jaugée en janvier face à Kirsten Flipkens. Ensuite, la rumeur d’un come-back enflant, elle a choisi de dévoiler au grand public sa nouvelle orientation. "C’était le bon moment pour vous dévoiler mon futur et mes plans", confia Kim Clijsters le 27 mars 2009. J’ai effectivement demandé des wild cards pour jouer à Cincinnati, à Toronto et à l’US Open. Cela en restera là pour l’instant. J’ai une autre vie désormais. Je suis maman, j’ai un mari, mon papa n’est plus là Il faudra voir comment je parviendrai à combiner le tout et aussi comment mon corps réagira. Je reviens purement pour le plaisir et mon grand défi est de voir si j’en suis capable."

Afin de se mettre dans les meilleures conditions pour Cincinnati, la maman de Jada a effectué plusieurs sorties lui permettant de renouer petit à petit avec la compétition. Elle a d’abord inauguré aux côtés de Tim Henman, Andre Agassi et Steffi Graf le nouveau toit rétractable de Wimbledon le 17 mai avant de se rendre le 14 juin à Rosmalen aux Pays-Bas pour y disputer une exhibition contre la Néerlandaise Michaella Krajicek et les 21 et 22 juillet aux Etats-Unis pour le "World Team Tennis Pro League."

Après Cincinnati, Toronto et l’US Open, seule certitude, Kim Clijsters est prévue au Luxembourg et à Anvers en fin d’année lors des Diamond Games rassemblant huit joueuses sous la formule d’un Masters.

La Belgique entière se réjouit d’un tel retour. Outre la retraite d’un grand nombre de sportives belges de haut niveau dont Justine Henin, Tia Hellebaut et Kim Gevaert, les amateurs de sports n’ont pas oublié les qualités athlétiques de la native de Bree, mais surtout, Kim occupe une place privilégiée dans le cœur des Belges. Son enthousiasme, sa spontanéité, son naturel et sa sportivité en font très vite une des favorites de tous les amateurs de tennis et même de ses adversaires.

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