Clijsters, l'ascension fulgurante en 10 étapes

Depuis l'annonce de son retour à la compétition en mars, les spéculations allaient bon train sur le niveau de jeu que pouvait atteindre Kim Clijsters. Si les plus optimistes la propulsaient déjà à la première place mondiale fin 2009, d'autres plus pondérés lui prédisaient une entrée dans le "top 20", voire dans le "top 10".

THIBAUT VINEL
Clijsters, l'ascension fulgurante en 10 étapes
©BELGA

Depuis l'annonce de son retour à la compétition en mars, les spéculations allaient bon train sur le niveau de jeu que pouvait atteindre Kim Clijsters. Si les plus optimistes la propulsaient déjà à la première place mondiale fin 2009, d'autres plus pondérés lui prédisaient une entrée dans le "top 20", voire dans le "top 10". Dans le clan de la Limbourgeoise, on se gardait bien de chiffrer ses futures performances. Un seul mot d'ordre filtrait de l'entourage de la jeune maman : la patience. Aucun bilan ne serait dressé avant ses trois premières sorties à Cincinnati, à Toronto et à l'US Open. Cette prudence de Sioux était dictée notamment par le programme très ambitieux de la Limbourgeoise. En effet, effectuer son retour lors de deux "Premier events" avant d'enchaîner sur une levée du Grand Chelem n'avait rien d'un pari gagné d'avance.

Après avoir battu Marion Bartoli (WTA 12), Patty Schnyder (WTA 20), Svetlana Kuznetsova (WTA 6), Elena Baltacha (WTA 104) et Viktoria Azarenka (WTA 9) en moins de dix jours, la native de Bree a rassuré définitivement les derniers sceptiques après son parcours à Flushing Meadows.

Durant la quinzaine new-yorkaise, elle a encore pris une autre dimension. Jouissant d'un tableau déroutant, elle a pu alterner des matches d'une grande intensité tels ceux contre les sœurs Williams, et des rencontres plus faciles comme celles contre Kutuzova, Flipkens ou Li. Outre la résistance de ses adversaires, la jeune maman a ébloui le monde entier grâce à ses qualités intrinsèques. Si un come-back gagnant était attendu, Kim Clijsters a surtout impressionné par la rapidité et la relative aisance de ce retour au sommet. En trois tournois, elle a retrouvé sa place au classement parmi les meilleures joueuses mondiales. Bref, elle a repris sa place.

Cette fulgurante ascension ne doit rien au hasard. Plusieurs paramètres ont précipité ce retour au plus haut niveau.

1Sa maturité et son état d'esprit. Sur le terrain, ses schémas tactiques ont évolué. Mieux, lors de ses analyses d'après-match, sa maturité impressionne. "Je sens déjà que je suis devenue plus adulte. Je cherche moi-même des solutions et je lis mieux certaines situations", confiait-elle à Cincinnati. Que ce soit face à une joueuse modeste ou une autre du top 5, elle met le doigt sur ses faiblesses avec calme et justesse.

2Equilibre tennis-famille. Elle ne l'a jamais caché. Sa famille reste et restera sa priorité. Si l'équilibre se rompt, elle arrêtera tout de suite le tennis. Il semble que pour l'heure, toute la petite famille a trouvé sa place. "Brian, Jada et moi, nous sommes bien amusés. J'étais curieuse de voir comment nous allions combiner la vie de famille avec ma vie sur le Tour. Je peux dire que tout s'est rapidement mis en place." Lorsque Kim perd une rencontre, elle ne se morfond pas dans son fauteuil ou ne rumine pas les motifs de cet échec. Elle donne alors priorité à l'autre versant de sa vie, sa famille. Après sa défaite contre Safina à Cincinnati, elle s'écriait : "Demain sera une journée consacrée à la famille, au repos et à la détente." A New York, elle a distillé dans ses interviews des éléments de sa vie privée. "Avec Jade, j'ai appris à être nettement mieux organisée. Il faut tout planifier, mais c'est agréable. Après mes rencontres à New York, je passais un maximum de temps avec Jada. Nous nous promenions souvent à Central Park."

3Plaisir et enthousiasme. Clijsters fait partie de ces joueuses qui fonctionnent au plaisir. Tant qu'elle s'amuse sur le terrain, elle peut déplacer des montagnes. Dégoûtée par ses blessures à répétitions lors de sa première carrière, elle a opté pour la qualité et non la quantité. Afin de se préserver de toute saturation, elle n'enchaînera ni les entraînements ni les tournois. Ainsi, lorsqu'elle arpente les terrains, sa motivation est maximale.

4A l'abri de la pression. Les médias se sont déchaînés autour de sa personne lors de son retour. Mais, dès que la Limbourgeoise monte sur un court, la pression passe de l'autre côté du filet. Dans un premier temps, elle n'avait rien à perdre et n'était pas attendue. Qu'elle joue contre Bartoli au second tour ou Venus Williams au quatrième, elle n'est jamais dans l'obligation de gagner. Après ses trois tournois de rentrée, elle recevra un classement et la pression inhérente à ce fait.

5Compétitivité. Aucune joueuse ne peut rêver d'un retour sans qu'il s'accompagne d'ambition. La Limbourgeoise ne veut pas se mettre de pression, mais tient à jouer les premiers rôles sur le circuit. Sa préparation en atteste. Avec des entraînements six jours par semaine, elle visait le top. Cinq semaines après son retour officiel, elle est rassurée sur son niveau de jeu. Grâce à ses succès sur les sœurs Williams ou sur Kuznetsova, elle a démontré qu'elle n'avait pas à nourrir de complexe. Il restait alors l'inconnue de ces jeunes joueuses qui ont éclos ces 27 derniers mois dont Victoria Azarenka est, avec son adversaire en finale à New York Caroline Wozniacki, la chef de file. Vu son succès convaincant sur la Biélorusse à Toronto, une partie du doute s'était dissipée. Le jeu de Kim peut rivaliser avec celui de n'importe quelle autre adversaire.

6Talent pur. Reste évidemment que, si physiquement ou tactiquement, elle peut régler çà et là quelques détails, Kim Clijsters peut toujours s'appuyer sur un talent intact, un toucher de balle et une souplesse qui ont fait sa renommée. Son niveau de jeu actuel n'a rien à envier à celui qu'elle avait lors de sa première carrière. A en croire les déclarations de ses adversaires, elle serait même revenue plus forte qu'auparavant. Ses coups assez lourds, ses angles impossibles, son service puissant et technique sont autant d'armes fatales de son jeu.

7A l'écoute de son corps. Elle a adapté son jeu à son âge. Ainsi, elle n'a plus recours à son grand écart légendaire. "Je sais toujours en faire", souligne-t-elle depuis New York. "Mais, il est vrai que j'en fais moins souvent. Je préfère épargner mes adducteurs."

8Structure efficiente autour d'elle. Elle jouit des conseils d'une équipe performante avec son ami Bob Verbeeck en chef du groupe, mais aussi son mari Brian Lynch, John Dolan et surtout Wim Fissette dans le rôle de sparring partner et coach. "Avec Wim, nous nous entendons très bien. Il suffit parfois d'un regard pour que nous nous comprenions. Je n'ai pas besoin de quelqu'un qui me crie dessus pour me dire où je dois servir. Wim reste très calme, mais n'hésite pas à me donner son avis s'il en ressent le besoin."

9Accueil : Que ce soit le public ou ses adversaires, Kim Clijsters a été accueillie les bras ouverts par tout le monde. Sa spontanéité, son sourire et sa joie de vivre avaient laissé des traces. De belles traces. Tombé dans une certaine routine, le circuit avait besoin d'un tel vent de fraîcheur. En plus, Kim s'est adaptée aux technologies modernes pour garder le contact avec ses fans. "Mes inscriptions sur Twitter ou Facebook favorisent les échanges avec mes fans. Je ne suis toutefois pas accro d'autant que je ne suis pas très douée avec ces technologies."

10 Le circuit a peu évolué. Malgré un retrait de 27 mois, le circuit de la WTA a peu évolué durant son absence. Pire, par moments, il donnait l'impression de régresser. Dinara Safina, qui a énormément progressé afin de devenir numéro un mondiale, a emporté dans son sillage des jeunes pousses comme Caroline Wozniacki, Viktoria Azarenka ou Agnieszka Radwanska. Il semblerait que ces jeunes ne soient pas des obstacles insurmontables pour Clijsters. De plus, lors des grands rendez-vous, les éternelles valeurs sûres se transcendent comme les sœurs Williams ou Svetlana Kuznetsova. Là aussi, ces joueuses n'affichent pas un niveau de jeu infranchissable pour Kim.

Bref, la WTA se cherche une patronne depuis la retraite de Justine Henin. Il semblerait qu'une Belge peut encore en cacher une autre sur le circuit...

© La Libre Belgique 2009