Trois sociétés de paris en ligne, Betfair, Bwin et Ladbroke, ayant toutes leur siège au sein de l'Union européenne, ont été citées à comparaître par la Fédération française de tennis (FFT) devant le tribunal de première instance de Liège siégeant en référé.

Une audience est prévue ce mardi mais de l'aveu même de Me Jean-Louis Dupont, conseil de la FFT, il n'y sera question que de fixer un calendrier.

Une procédure similaire est prévue en Allemagne. Parallèlement, la FFT a assigné au fond, devant un tribunal français, les sites Unibet et Expekt, qui proposent déjà des paris sur l'édition 2008 de Roland Garros.

Double faute, etc.

La Fédération française souhaite obtenir la cessation des paris sur les matches des tournois de Paris-Bercy et de Roland Garros, qu'elle organise et dont elle détient les droits d'exploitation. "Les tournois de tennis ont longtemps véhiculé une image de fair-play que l'organisation de paris en ligne a abîmée en faisant naître le soupçon sur des matches. Nous partons du principe que ces paris sont source d'instigations à la manipulation", commente Me Dupont, lequel rappelle que ces paris peuvent porter, bien au-delà du résultat d'un match, sur le nombre de doubles fautes, le point à suivre, la durée du match, etc, tous éléments qui augmentent les risques de dérapage.

L'enjeu est également énorme sur le plan financier. Selon le directeur général de FFT, Jean-François Vilotte, "environ 150 sites proposaient de miser sur les matches de l'édition 2007 du tournoi de Bercy. Rien que sur Betfair, 230 millions d'euros ont été misés. En tout, entre 500 millions et 1 milliard d'euros ont été engagés pendant le tournoi."

La FFT espère, en obtenant gain de cause dans le procès qu'elle a initié en Belgique ("les juges sont compétents à l'endroit où les faits sont commis et dès lors que les sociétés de pari oeuvrent sur Internet, on peut les attaquer urbi et orbi" plaide Mme Dupont) forcer les sociétés à changer leur fusil d'épaule. Ce qui pourrait être vrai pour le tennis devrait aussi l'être pour d'autres sports, ce qui donne à la procédure engagée à Liège une importance et un relief particuliers.

Le président de la FFT aimerait que la justice établisse qu'il est fait un usage non autorisé de la marque Roland Garros. Et que les sociétés de paris profitent du long travail des organisateurs du tournoi pour faire de celui-ci une des compétitions sportives les plus célèbres au monde.

Régulièrement, les sociétés de paris suspendent toute opération lorsqu'elles constatent ou soupçonnent une bizarrerie et remboursent leur mise aux joueurs.

C'est arrivé lors de l'un ou l'autre match de tennis. "Peut-être, mais cela ne suffit pas", estime Me Dupont. "Ce faisant, ces sociétés règlent leur problème mais pas celui des joueurs soupçonnés et salis, ni celui de l'organisateur du tournoi victime de ces dérapages".

On se trompe d'adversaire

Pour les responsables des sociétés en question, en attaquant des entreprises européennes possédant une licence, les plaignants risquent de précipiter les parieurs dans les bras d'entreprises beaucoup moins scrupuleuses. Bref, la Fédération française se tromperait d'adversaire.

Quoi qu'il en soit, le bras de fer judiciaire ainsi ouvert comporte des aspects juridiques, sportifs, éthiques et financiers de toute première importance.