Même les réalisateurs de Hollywood n'auraient pu écrire un pareil script... Andre Agassi (ATP 39) vit toujours à l'US Open! Jeudi soir, dans un stade Arthur Ashe à l'ambiance électrique, il a battu le jeune Marcos Baghdatis (ATP 8), finaliste de l'Australian Open, pour se hisser au troisième tour et reporter ses adieux à une date ultérieure. Porté par 23.000 personnes, il s'est imposé 6-4, 6-4, 3-6, 5-7 et 7-5 au terme d'un match épique de 3 h 48 qui s'acheva passé minuit et demie dans le délire le plus complet.

"Cela vaut tout l'or du monde!" s'exclama l'Américain après en avoir laissé tomber sa raquette et envoyé une tonne de baisers à la foule. "Vous tous rafraîchissez ma foi en l'esprit humain. Je vis un rêve depuis 21 ans et je sais que des moments comme ce soir ne sont jamais garantis dans une vie, alors je les savoure. C'est triste de voir une rencontre d'un tel niveau se finir avec un adversaire dans un tel état de souffrance physique. Je savais que je pourrais tenir deux à trois heures suite à mon injection de cortisone mais je ne m'imaginais pas que cela se passerait ainsi. C'est inouï !"

Andre Agassi sera passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel dans ce que beaucoup imaginaient com-me le tout dernier match de son imposante carrière. Il faudrait ainsi une superproduction au budget colossal pour décrire tous les retournements de situation qui émaillèrent ce deu-xième tour surréaliste que les deux acteurs garderont longtemps en mémoire. Passant tout près de tout gâcher lorsqu'il gaspilla un avantage de 4-0 dans la quatrième manche, l'ancien numéro 1 finit par émerger, non sans que son adversaire, perclus de crampes, ait hérité de quatre balles pour servir pour le gain de la rencontre à 5-4.

"A 4-0, j'étais assez détendu. J'étais convaincu que j'allais conclure le match. Et puis tout d'un coup, il a sorti quelques coups spectaculaires pour revenir dans la partie. Je me suis sans doute montré un peu attentiste et lui a haussé le niveau de son jeu. Ma gorge s'est nouée, je ne savais plus respirer, tandis que lui s'est mis à vraiment bien jouer. Tout aurait pu arriver à partir de ce moment. La fin de match fut pour moi une vraie bataille mentale et heureusement j'en ai l'habitude. Ce fut un vrai jacuzzi d'émotions" , sourit-il.

Champion flamboyant à la rage de vaincre hors du commun, Andre Agassi semble une nouvelle fois parti pour remonter le temps à Flushing Meadows, où il fête sa vingt et unième et dernière participation. Samedi, c'est même un certain B. Becker (ATP 112), qu'il affrontera dans le but de poursuivre sa merveilleuse histoire d'amour avec la levée du Grand Chelem new-yorkaise. Même si le joueur allemand ne se prénomme pas Boris mais Benjamin, et qu'il n'a encore jamais gagné le moindre titre sur le circuit, cela lui rappelle de fameux souvenirs.

"J'ai souvent croisé ce nom-là , sourit-il. S'il est là, c'est qu'il fait un bon tournoi. Je ne sais plus à quoi m'attendre désormais. Peut-être que je disputerai mon dernier match contre lui mais j'espère que non."

Transcendé par ses deux victoires, obtenues à l'arrachée, il devrait tout de même pouvoir se hisser en huitièmes de finale où il retrouverait alors son jeune compatriote Andy Roddick (ATP 10). Les Américains s'en pourlèchent déjà les babines...

© La Dernière Heure 2006