Le masque défait, sonnée comme un boxeur après un KO, les larmes au bord des yeux, elle s'en fut, sitôt la finale terminée, se consoler dans les bras de sa maman. Comme une petite fille capricieuse à qui l'on aurait volé son beau jouet. Et, lors de la cérémonie protocolaire, c'est à peine si elle eut le courage de prononcer quelques mots. Trop déçue. Trop frustrée.

Un troisième succès dans ce tournoi aurait il est vrai permis à Venus Williams de quitter le Sportpaleis avec, dans ses bagages, la fameuse raquette d'or et de diamants. Et, là, tous ses beaux rêves s'effondraient. D'un coup. «Je reviendrai l'année prochaine" murmura-t-elle en quittant le court.

Ce troisième succès, l'Américaine crut pourtant longtemps l'avoir au bout de sa...raquette! Lorsqu'après avoir remporté le premier set 6-4, elle servit pour le match à 5-4 dans la deuxième manche, on ne donnait plus guère de chance en effet à Amélie Mauresmo. Mais, sous pression, peut-être trop préssée d'en finir, Venus loupa complètement son jeu de service. «Je n'ai pas très bien servi. Je n'étais pas à cent pour cent physiquement. Je ressentais une petite douleur à l'estomac" confia-t-elle lors d'une conférence de presse surréaliste où elle se contenta de répondre quelques bribes de phrases.

Ce jeu perdu fut l'incontestable tournant de la partie. La Française, grâce notamment à la qualité de ses revers et - surtout - de ses volées, refit peu à peu surface pour s'adjuger le set 7-5, sur un dernier jeu blanc. «J'ai senti Venus un peu fébrile. Une sorte de peur de gagner. Mais je crois que j'ai surtout su élever mon niveau de jeu. J'ai été de l'avant, j'ai pris ma chance au filet, j'ai cru en mon étoile..." expliqua Mauresmo.

Grâce à un break signé d'entrée, Venus refit la course en tête dans le dernier set. Mais, là encore, elle ne trouva pas la force et la sérénité nécessaires pour sceller son couronnement. Après avoir gaspillé trois balles pour mener 5-2 avec un double break à la clé, elle se fit à nouveau rejoindre par son adversaire. A 4-4, devant treize mille spectateurs aux anges, le duel prit des allures de thriller avec, à la clé, quelques échanges de très haut niveau.

Au fil du match, Mauresmo avait, il est vrai, pris confiance et étalait tout son talent devant un public conquis. Alors que, nerveuse et fatiguée, Williams commettait de nombreuses fautes directes, la Française, au contraire, jouait juste et bien. «J'étais en confiance. Je sentais le public derrière moi. J'avais l'impression de dominer les débats» dira-t-elle ensuite.

A 5-4, Mauresmo s'offrit, une dernière fois, le service de Venus, à sa...cinquième balle de match, après deux heures et 18 minutes d'un duel homérique disputé dans une ambiance électrique et passionnée! «Je crois qu'il n'a pas manqué grand chose à cette rencontre. Ce fut un vrai combat. Aucune des deux joueuses ne voulait rien lâcher. Tout s'est joué sur quelques coups...» avoua la lauréate.

«Le public n'était pas vraiment en ma faveur. Je ne sais pas pourquoi. Mais ce n'est pas grave. Je reviendrai l'année prochaine. Je suis déterminée à remporter cette raquette. Je suis plutôt contente de mon jeu, cette semaine, à Anvers. Mais je voulais gagner et, c'est vrai, je suis déçue" ajouta, déconfite, l'Américaine.

L'une rit; l'autre pleure. C'est la dure loi du tennis...

© Les Sports 2005