ENVOYÉ SPÉCIAL À PARIS

Le rêve d'Amélie Mauresmo s'est brisé comme de la porcelaine, hier, sur le Central. Déjà tombeuse de Lindsay Davenport, la Russe Elena Dementieva a nettement dominé (6-4, 6-3) la Française laissant le public et le tournoi orphelins de sa favorite. Jamais, sans doute, la route du triomphe n'avait, en effet, été aussi dégagée pour Amélie Mauresmo. Un grand boulevard, comme on dit à Paris.

Mais, cette année encore, elle n'a pu supporter la pression et a quitté la scène en quart de finale. «Je n'ai jamais réussi à me libérer. En me levant, ce matin, j'étais déjà plus tendue que d'habitude. Sur le court, cela n'allait pas vraiment mieux. J'ai eu des hauts et des bas durant toute la partie. Et les interruptions dues à la pluie, notamment à 4-4 dans le premier set, n'ont rien arrangé. C'est très frustrant... » Amélie reconnaît qu'il lui reste un gros travail de gestion de stress à accomplir. «L'attente était très grande. De la part du public, des médias mais aussi de ma part. La déception n'en est évidemment que plus grande. Mais il faut accepter la loi du sport. Et puis Elena a sorti un très bon match...» La jolie Moscovite, éternelle outsider, a, de fait, livré une remarquable partie, jouant très long, servant bien, profitant de tous les angles pour faire plier sa rivale. «Elle a su saisir sa chance. Mais je crois que si j'avais été moins nerveuse j'aurais su davantage lire son jeu» ajoute la Française.

«Pour moi, c'est une victoire fantastique. L'une des plus belles de ma carrière. Je n'étais pas favorite. J'ai donc pris des risques. Cette tactique m'a bien réussi. A présent, tout est possible. J'ai déjà joué une demi-finale en 2000 lors de l'US Open. Mais j'étais jeune, je manquais d'expérience. Cette fois, je me sens plus forte. Je me suis très bien préparée pour ce Roland Garros...»

Déroute des Williams

Plus tôt dans la journée, par ce temps pluvieux à ne pas mettre une jupe dehors, les Williams avaient également quitté la piste. Serena était tombée face à Jennifer Capriati (6-3, 2-6, 6-3) tandis que Venus avait cédé face à Anastasia Myskina (6-3, 6-4). «Au moins, nous pourrons prendre l'avion de retour ensemble» ironisa Venus.

Serena n'était pas d'humeur aussi badine. Fâchée par sa performance très moyenne, elle se contenta de quelques monosyllabes lors de sa conférence de presse. «Rien n'allait bien aujourd'hui. Mais il y a plus grave. Je suis en vie, je respire...»

C'est vrai. Il n'empêche qu'on devinait, dans son regard, une légitime déception. «J'étais comme une amatrice aujourd'hui» dira-t-elle en référence à la qualité de ses frappes. Et lorsqu'un confrère lui demanda si elle n'était pas plus intéressée par sa carrière artistique que par le tennis, elle s'offrit l'un de ses seuls passings gagnants du jour, répondant du tac au tac: «Si c'était le cas, je serais maintenant sur une scène...» Venus n'avait pas un discours très différent. Mais une excuse supplémentaire: sa cheville endolorie depuis le tournoi de Berlin. «Je n'étais pas à cent pour cent physiquement. Et je n'ai jamais trouvé le bon rythme face à une adversaire qui a très bien tenu l'échange. C'est frustrant car je me sentais de mieux en mieux dans ce tournoi...» Promis-juré: les Williams feront mieux sur le gazon de Wimbledon. Pour Amélie Mauresmo, c'est une autre histoire. «Mais peut-être que, pour moi, le salut viendra par une grande victoire à l'étranger...» dira-t-elle, comme pour se donner du courage.

© Les Sports 2004