Sortie vivante d'un double dramatique, la France se retrouve à un point de sa dixième victoire en Coupe Davis avant les deux derniers simples ce dimanche à Belgrade. La France mène 2-1 face à la Serbie après la victoire d'Arnaud Clément et Michaël Llodra sur Nenad Zimonjic et Viktor Troicki en cinq sets dramatiques 3-6, 6-7 (3/7), 6-4, 7-5, 6-4 et 4h33 de jeu, lors du double samedi à Belgrade. Aujourd'hui Gaël Monfils aura une première balle de match face à Novak Djokovic. Il faudra au Parisien un exploit immense, à la hauteur de ce qu'ont réussi ses copains dans le double, pour battre le N.3 mondial chez lui. Clé potentielle de la finale, la rencontre entre Monfils et Djokovic, les N.1 français et serbe, promet des étincelles à Belgrade où on attend un grand moment de Coupe Davis.

"Ce match peut être une bombe", a estimé Guy Forget après la démonstration de force des deux leaders face aux lieutenants vendredi. Il sera en tous cas déterminant, peut-être décisif et, tout le monde l'espère, inoubliable. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un classique: le cadre, l'ambiance, la forme des deux joueurs et leur tempérament. Reste à savoir si Monfils, N.12 mondial, a les armes pour rivaliser avec le N.3 mondial dans son fief. En cas d'échec, la France aurait une deuxième chance dans le match des N.2 qui opposera Gilles Simon ou Llodra à Janko Tipsarevic ou Troicki dans la foulée. Un simple cette fois indiscutablement à la portée des Bleus.

"On verra bien, ça fait 2-1 pour nous, c'est le principal", a commenté un Llodra encore sonné par un match où, selon lui, la fameuse "magie de la Coupe Davis" a encore frappé et l'a aidé à s'en sortir, grâce à son copain. Car c'est bien Clément qui a été le héros du match en compensant par sa hargne, ses coups de patte et un grand courage à la volée les flottements d'un Llodra inhabituellement fébrile.

C'est un exploit immense, digne d'entrer dans l'histoire du sport français, qu'ont réalisé samedi Arnaud Clément et Michaël Llodra. Acculés, ils ont réussi à retourner une situation quasi désespérée lorsque Clément s'est retrouvé à 3-4, 15-40 sur son service au quatrième set pour arracher un succès qui peut valoir de l'or au bout de 4h33 de jeu 3-6, 6-7 (3/7), 6-4, 7-5, 6-4. Les deux copains avaient déjà gagné deux matches en cinq sets en Coupe Davis. Mais jamais ils n'avaient encore remonté un tel déficit. Leur bonheur était total d'y être arrivé dans le double le plus important de leur vie.

"C'était fabuleux. Guy ne nous a pas lâché une demi-seconde et il nous a dit: Attendez les gars vous allez gagner le troisième, le quatrième et le cinquième. On y a cru, on avait tous nos potes qui étaient là, tout ce public français incroyable et ça nous a donné des ailes. On est à 2-1 pour nous, il nous manque un point, on tourne en ballottage favorable, donc c'est bien", a réagi Clément, le grand artisan de la victoire, pour sa première finale.

C'est effectivement un grand pas qu'ils ont franchi samedi dans une ambiance beaucoup plus chaude que la veille. Car les statistiques plaident désormais largement en faveur des Bleus qui, dans l'histoire plus que centenaire de la compétition, ont perdu seulement onze rencontres en ayant mené 2-1. Ils ont notamment remporté leurs deux dernières victoires, déjà à l'extérieur en 1996 à Malmö et en 2001 à Melbourne, après être passés en tête le samedi. Pour l'Aixois de 32 ans, qui avait raté les finales de 2001 et 2002 et qui ne doit sa place à Belgrade qu'au forfait de Julien Benneteau, la revanche est savoureuse. Il a certes perdu deux fois son service, notamment lors d'un début de rencontre catastrophique.

Mais il a alors sorti un service gagnant et deux volées de toute beauté pour rétablir l'équilibre et "breaker" les Serbes quatre jeux plus tard sur un lob absolument magique, sous les yeux d'Ana Ivanovic et de Marat Safin. Survolté, il a continué sur sa lancée au cinquième set, écoeurant les Serbes en retour et même au service, son point faible, pour propulser la France à une victoire d'un dixième succès en Coupe Davis. Mais si Clément a été énorme, c'est ensemble que les deux Français ont réussi le plus difficile: y croire jusqu'au bout et garder la tête froide dans un contexte bouillant où la tension a parfois atteint des sommets.

A la fin du deuxième set, Tipsarevic, meilleur sur le banc que la veille face à Monfils, a même dû lancer un appel au calme au public qui ne cessait de siffler entre les services, serbes aussi parfois. Alors que les joueurs serbes ont failli disjoncter à plusieurs reprises, Clément et Llodra sont restés calmes, concentrés sur la partie et leur projet de remontée fantastique devenue la plus belle victoire de leur carrière.