Du haut de ses 21 ans, David Goffin emmène la délégation belge ce week-end à Charleroi. Jeune Liégeois talentueux, il a marché sur le chemin de la gloire à force de travail et d’abnégation. Garçon intelligent, il a aussi construit sa réussite en s’appuyant sur un staff fixe. Outre le précieux encadrement du centre tennis-études de Mons, il a trouvé en son frère Simon, son aîné de 3 ans, un confident en toutes circonstances. L’allié de cœur de David a pris le temps de replonger dans le passé.

Simon Goffin, vous avez été le premier adversaire de David ?

"Je ne parlerais pas d’adversaire. Notre papa cherchait à nous inscrire dans un club sportif. Après avoir essayé le handball, le football et la natation, nous avons poussé les portes du club de Barchon."

Avez-vous tout de suite compris qu’il était promis au plus bel avenir ?

"Non, pas du tout. Comme nous avons démarré ensemble, il n’avait que 4 ou 5 ans lorsque nous nous sommes inscrits aux cours de Michèle Gurdal. Le tennis restait un loisir."

Vu votre âge, vous le battiez régulièrement ?

"Il m’a vite rattrapé et dépassé. Nous jouions sans cesse au tennis. Je me souviens de parties improvisées dans notre garage. Nous dessinions à la craie les contours sur le sol et tirions un semblant de filet. On pouvait jouer des heures jusqu’à ce qu’il fasse noir. Je le soupçonne d’avoir vite songé à faire une carrière car il ne lâchait jamais sa raquette. Pourtant, il n’avait pas trop l’esprit de compétition."

Votre enfance a vite été chamboulée. Vous êtes parti au centre de tennis-études à Eupen. David a pris la direction de Mons. Avez-vous pris le temps de grandir ensemble ?

"Nous avons toujours été très complices, même si nos vies ont pris des chemins différents. Nous avons gardé le contact par GSM et via Internet."

Quel genre d’enfants étiez-vous ?

"David a toujours été sage et discret. Moi, je l’étais un peu moins. Mon frère faisait preuve d’une grande maturité dès son plus jeune âge."

Vous n’étiez donc pas du genre à faire les 400 coups…

"Nous nous retrouvions les week-ends avec plaisir. Comme nous ne sommes pas de gros sorteurs, on s’amusait simplement. On se rendait au cinéma ou on jouait à la console. D’ailleurs, s’il me battait sur tous les terrains sportifs, je prenais ma revanche sur les jeux vidéo. Nous faisions du shopping ou regardions la télévision. Bref, nous avions la vie de deux frères comme tant d’autres."

Quand avez-vous compris qu’il deviendrait l’un des meilleurs joueurs du monde ?

"Assez récemment. Avant 18 ans, beaucoup de joueurs semblent doués. Mais ils ratent le cap vers le circuit ATP. Quand il a atteint le Top 10 en juniors vers 18 ans, je savais qu’il accomplirait de grandes choses."

Vous apparaissez souvent en tribune. Comment vivez-vous un match de votre frère ?

"Je reste toujours très calme. J’ai vraiment un caractère cool. Je ne suis jamais stressé. Le voir épanoui sur un terrain me procure un grand bonheur. Durant les matches, il regarde souvent Réginald Willems, un grand homme et un excellent entraîneur. Moi, il ne me cherche pas trop du regard. Je me contente de serrer le poing en marque de soutien, mais je sais qu’il n’en a pas besoin. David connaît son métier."

Votre emploi du temps vous permet-il de le suivre régulièrement ?

"L’an passé, j’ai voyagé avec lui lors des quatre levées du Grand Chelem. Beaucoup de personnes me parlent de ses prestations à Roland-Garros. Moi, je me souviens aussi de sa première demi-finale en 2011 à Mons où il bat, au passage, Olivier Rochus. En Guadeloupe, il a remporté son premier Challenger en 2012. Chaque match garde une saveur particulière."

Vous étiez à Melbourne. Quel rôle jouiez-vous dans son staff ?

"Je suis et je resterai son frère. Il m’avait demandé de l’accompagner. Durant un mois, nous partagions la même chambre. J’ai pu l’écouter longuement. Dès qu’il monte sur un terrain, je m’éclipse. En dehors, je reste à sa disposition pour l’écouter. On se vanne. On rigole. On parle plus sérieusement. Je n’interfère pas dans la sphère sportive."

N’avez-vous jamais songé à prendre une place dans son staff ?

"Non, non, non. Un jour, j’entraînerai peut-être un joueur, mais ce ne sera jamais David. Je préfère garder la complicité de frère."

Il vous permet de vivre sa vie de l’intérieur. Etes-vous jaloux de sa réussite ?

"Il m’offre la possibilité de découvrir cet univers. Je n’aurais jamais pensé prendre l’avion 30 heures pour me rendre en Nouvelle-Zélande. Suis-je pour autant jaloux ? Non. Je connais tout le boulot en amont avant d’en arriver là. Il a consenti à d’immenses sacrifices. Par exemple, il se privait de sports d’hiver car il devait préserver son corps. Cela peut sembler un détail, mais la liste était longue. Je n’aurais jamais été capable de fournir autant d’efforts."

Il a aussi freiné ses sorties…

"David n’était pas un grand sorteur. Je ne l’ai jamais vu bourré. A Noël, il se permet tout au plus une coupe de champagne."

Craignez-vous parfois qu’il vende son âme au diable ? La célébrité a déjà fait tourner la tête à plus d’une star…

"Il garde la tête sur les épaules. David connaît le chemin qui l’a mené où il est. Il a les capacités de gérer sa carrière. S’il devait changer, je le remettrais à sa place. Depuis qu’il est connu, il n’a changé ni de voiture, ni de petite amie. Il est resté fidèle à ses valeurs."

Les médias le dépeignent comme un athlète introverti et timide. Est-ce sa véritable personnalité ?

"Je ne lis pas trop les journaux qui aiment enrober la vérité. Tout le monde ignore que David est très comique. Lorsqu’il passe une soirée avec un groupe d’amis, il peut mettre l’ambiance. S’il ne se sent pas en confiance, il se refermera."

Témoin privilégié de sa vie, qu’est-ce que vous n’avez jamais lu sur David et qui le caractérise ?

"C’est un grand fan de Mylène Farmer. Dans sa chambre, il collectionne les DVD et les posters de la chanteuse."

Plus sérieusement, David porte une grande responsabilité sur ses épaules. Vendredi, il devra ramener un point contre, probablement, Troïcki. Est-il sous pression ?

"Les gens attendent trop de lui. Ils oublient que David n’a que 21 ans. Lorsqu’il perd contre un joueur du Top 30, on le critique. Vendredi, il aura toutes ses chances, mais en face, il affronte le 39e mondial. Lui, il est classé au 50e rang à l’ATP."