© EPA

Tennis

Et puis un jour, le corps se rebiffe

PAR LAURENT GÉRARD

Publié le - Mis à jour le

HUMEUR

Y en a marre, à la fin! Où sont-elles passées, les valeurs sûres du circuit? Celles sur lesquelles les parieurs pouvaient miser les yeux fermés, à l'entame d'une compétition majeure? Où sont-ils passés ces numéros un aux nerfs d'acier, au physique irréprochable?

Après Andre Agassi avant même le début des hostilités, après Gustavo Kuerten et Lleyton Hewitt, au premier tour, voilà Sébastien Grosjean et Yevgeny Kafelnikov sortis du tournoi masculin. Les cinq premières têtes de série d'un tournoi du Grand Chelem sorties après trois journées de compétition, c'est tout de même fort de café. D'ailleurs, c'est la première fois que cela arrive. Les organisateurs de l'Australian Open se seraient sans doute passés de cette grande première. Mais voilà, ils n'ont pas eu le choix. Les corps des athlètes de premier rang ont dit stop.

`Stop? Comment ça, stop?! On vient à peine de commencer à jouer! Ça ne va pas, non´, doivent se dire Mark Miles et sa clique de l'ATP. `Dites, les gars, faudrait pas nous faire ce coup-là trop souvent, hein! Déjà que les filles ont plus de succès que vous.´

Oui mais, à qui la faute? Tenus d'enchaîner les tournois à une cadence de guerre tout au long de l'année - pour préserver les points acquis l'année précédente, et donc leur classement, et donc leurs contrats de sponsoring, ô cercle vicieux! - les meilleurs joueurs mettent leur mécanique à rude contribution du 1er janvier, ou même avant, au 30 novembre, de la tournée australienne au Masters, voire la finale de la Coupe Davis pour certains d'entre eux.

`ON N'EST PAS DES BÊTES!´

Onze mois passés d'avion en avion, d'hôtel en hôtel, de décalage horaire en décalage horaire. Onze mois des salles de muscu aux pistes d'athlétisme, des courts de tennis aux vestiaires et des vestiaires aux courts de tennis.

Pas étonnant, qu'à un moment ou à un autre, le corps se rebiffe. La situation actuelle, où toutes ces overdoses d'efforts coïncident, est tout aussi spectaculaire que dommageable pour les amateurs de beau jeu. Mais elle fera peut-être réfléchir les responsables de l'ATP à une formule de circuit un peu moins astreignante. Histoire d'humaniser quelque peu la chose. Histoire, aussi, de ne pas tenter ceux qui en ressentent le besoin de faire appel aux subterfuges illicites de la médecine qui, plus que les `doper´ à court terme, les mettent en danger à long terme. Ne croyons cependant pas que la situation est plus brillante sur le circuit féminin. Là aussi, les joueuses sont soumises à un rythme effrené de compétition.

Pour preuve, les forfaits de Lindsay Davenport et Serena Williams, l'usure avouée de Jennifer Capriati et Venus Williams. Chez ces dames aussi, il y a du boulot pour humaniser le circuit. `On n'est pas des bêtes, bon sang!´

Doivent-elles se dire.

Mais bon, attirés par l'appât du gain, les pressions des organisateurs et, bien sûr, les plaisirs du sport, les joueurs `écrasent´, jouent, rejouent, se blessent, rejouent aussi vite et en paient ensuite les conséquences.

Et nous, on se demande franchement qui va le gagner, cet Australian Open.

© La Libre Belgique 2001

A lire également

Facebook

Cover-PM

cover-ci

Immobilier pour vous