PARIS Ce Roland-Garros, cru 2004, aura donc été bizarre et imprévisible jusqu'au bout. La finale masculine remportée, hier, en cinq sets, au terme d'un incroyable scénario, par Gaston Gaudio en est le plus bel exemple!

Lorsqu'il s'envola à deux sets à zéro, 6-0, 6-3, après une heure de jeu, on pensait Guillermo Coria lancé sur les rails d'un succès aisé, façon Myskina dans le simple dames. Il dominait les échanges, imposait sa longueur de balle, distillait les bons points sans commettre d'erreur. Un vrai one man show...

Mais Gaston Gaudio, tenace et courageux, s'accrocha dans la troisième manche qu'il remporta, à l'arraché, grâce à un break à 4-4. Et puis, soudain, Coria, victime de terribles crampes dans les mollets, fit appel au kiné. « No puedo (NdlR: «Je n'y arrive pas») », avait-il, un peu plus tôt, crié à son coach. Incapable de tenir l'échange, Coria balança proprement le quatrième set dans l'espoir de voir le mal passer sous l'effet des médicaments.

De fait, comme par miracle, il retrouva une partie de ses jambes au début de la cinquième manche. Petit à petit, le derby argentin prit alors une nouvelle dimension pathétique et se transforma en véritable thriller. Une sorte de qui perd gagne. Il n'était plus question de grand tennis. D'un côté, Coria, diminué physiquement mais désireux de se battre jusqu'à l'épuisement; de l'autre, Gaudio, plus fringuant mais déboussolé par cette avalanche d'émotions. Cette finale était devenue folle et incontrôlable...

Au bout du suspense, Coria crut à la délivrance lorsqu'il bénéficia, à 6-5, de deux balles de match. Mais incapable de servir normalement, il ne sut en profiter. Un peu plus tard, après 3 heures et 31 minutes d'un duel parfois surréaliste, Gaston Gaudio, lui, trouva les ressources nécessaires pour sceller sa victoire. «Depuis que je suis tout gosse, je rêve de ce titre. Alors, oui, je suis fou de bonheur», déclara le vainqueur qui s'offrit un tour d'honneur en tapant dans les mains des spectateurs à la façon des basketteurs!

Seulement 44e au classement ATP, Gaston Gaudio, 25 ans, est le premier joueur non tête de série à remporter Roland-Garros depuis Gustavo Kuerten en 1997. A ce jour, il n'avait remporté que deux tournois, Barcelone et Majorque en 2002. Et il avait signé un début de saison catastrophique au point d'envisager d'arrêter la carrière. Le destin lui a offert, hier, une incroyable revanche. «C'est très décevant de perdre une finale, surtout après avoir eu deux balles de match, concéda, pour sa part, Coria. Lorsque les crampes sont apparues, je n'ai rien pu faire. J'allais mieux durant le dernier set. Mais j'étais trop juste...».

Grandissime favori du tournoi, impressionnant jusqu'à cette finale, Guillermo II, comme on l'avait déjà baptisé, devra donc patienter avant de réaliser son rêve. En attendant, le successeur de Vilas, c'est Gaudio!

© La Libre Belgique 2004