Il y a dix ans, Nicolas Mahut et John Isner entamaient à Wimbledon un rencontre qui allait durer 11H05 et se terminer par un 70-68 au cinquième set.

Tout a commencé il y a exactement dix ans par une banale rencontre du premier tour de Wimbledon disputée sur le court 18 entre un joueur américain, John Isner, 19e mondial, et un Français, Nicolas Mahut, 148e mondial. Deux jours plus tard, cette partie va entrer dans l’histoire du tennis avec une victoire (il fallait bien un vainqueur), du premier nommé au bout d’un thriller de onze heures et cinq minutes avec un score juste incroyable et irréel de 6-4, 3-6, 6-7, 7-6... 70-68. Commencé un mardi peu après 18h, la partie allait se terminer le jeudi avec deux gladiateurs à bout de forces. Deux combattants qui allaient logiquement entrer dans le Guinness World Records : “Quel match incroyable !”, salua Craig Glenday, éditeur en chef de l’ouvrage en 2010. “Un exploit sans précédent qui traduit la force et l’endurance étonnantes de ces deux joueurs. Il est déjà rare d’établir un tel record, mais le faire sous la pression d’un tournoi majeur et devant des millions de spectateurs, c’est tout simplement grandiose.”


Au tableau d’honneur de ce match, le record du plus long match de tennis professionnel, mais aussi dans un tournoi du Grand Chelem, et joué à Wimbledon. Les deux protagonistes inscrivirent aussi leur nom dans l’histoire pour les records du plus grand nombre de jeux (183) dans un match de tennis professionnel, dans un tournoi du Grand Chelem et à Wimbledon. En décochant 112 aces, John Isner a décroché le record du plus grand nombre d’aces dans un match de tennis professionnel, dans un tournoi du Grand Chelem et à Wimbledon. Enfin pour porter le nombre de records à douze, Isner et Mahut ont joué le match de tennis avec le plus grand nombre de jeux (138) sur un set (le cinquième) d’un match de tennis professionnel, d’un tournoi du Grand Chelem et à Wimbledon.

Si John Isner n’aura pas eu besoin de digérer cette rencontre dans les semaines qui suivirent, ce n’est pas vraiment le cas de Nicolas Mahut qui malgré un très beau palmarès (numéro un mondial en double, victoires dans tous les tournois du Grand Chelem en double et succès en Coupe Davis avec la France) restera pour toujours le perdant de cet affrontement historique. C’est à travers un livre éponyme, “Le match de ma vie”, sorti un peu moins de deux ans après ce duel titanesque que le Français a pu extérioriser ses sentiments.

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“Avec le temps, on me parle de moins en moins de ce match, heureusement d’ailleurs. Mais c’est vrai que si aujourd’hui j’ai une image, je la dois davantage à ce match qu’à mes résultats sportifs. On me reconnaît comme le gars qui a joué le match le plus long de l’histoire avec John Isner à Wimbledon. Ce match m’a marqué au fer rouge.”

Et dix ans plus tard, Nicolas Mahut ressent de la fierté quand on lui parle de cette rencontre.

“C’est encore très frais dans ma mémoire, je me souviens très bien de ce qui s’est passé, et en même temps il s’est passé tellement de choses depuis que je mesure le chemin parcouru", a expliqué l’intéressé à France Info la semaine dernière. Après le match, ça aurait pu être quelque part la fin de ma carrière. Aujourd’hui je suis très reconnaissant d’avoir joué ce match. Il y a beaucoup de fierté. J’ai un regard différent dix ans après. Sur le coup, il y avait beaucoup de frustration. J’étais en vrai décalage entre les gens qui me félicitaient – je ne comprenais pas d’ailleurs cet engouement – et la détresse dans laquelle moi je me trouvais. J’ai eu beaucoup de mal à comprendre cela. Aujourd’hui je mesure que ce match-là allait au-delà du simple fait victoire-défaite. D’ailleurs, aujourd’hui les gens se demandent si je l’ai gagné, mais ils se souviennent du match… Oui, beaucoup de fierté d’avoir mon nom à côté de celui de John sur une plaque sur le court 18. Beaucoup de fierté d’être dans le musée de Wimbledon. J’ai su très rapidement que je ne marquerais pas l’empreinte du tournoi en le gagnant en simple, je voyais très bien que je n’avais pas les capacités, donc le fait d’y être associé pour toujours, c’est une grande joie.”

Tout comme celle d’être reconnu par les autres joueurs du circuit : “J’ai gagné la reconnaissance de mes pairs, des plus grands joueurs, parce que tout le monde m’a félicité. Tout le monde a pu reconnaître dans ce match, que ce soit John ou moi, qu’on avait donné un bel exemple pour ce sport. Pour moi, c’était une vraie victoire parce qu’être reconnu par les plus grands de ce sport, c’est une vraie reconnaissance.”

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John Isner, lui, a longtemps gardé en mémoire les heures après sa victoire : “Dans le vestiaire mon entourage m’a directement amené à manger mais j’en étais incapable. Je me suis plongé dans un bien de glace pour récupérer, j’ai mis de la glace sur mon bras car j’avais des courbatures. Et la nuit suivante, je n’ai pas beaucoup dormi ; j’avais vécu trop d’émotions dans un match où deux joueurs n’ont rien abandonné tout en pratiquant un bon tennis. Ce match, je ne vais jamais l’oublier.”

Et pour preuve, il y a quelques semaines lors du confinement, le joueur américain a posté sur ses réseaux sociaux une photo de cette rencontre avec une petite phrase humoristique soulignant que le confinement risquait d’être aussi long que son match face à Nicolas Mahut.