MELBOURNE Il n'a pu aller au bout de son rêve et offrir à Chypre la plus belle victoire sportive de son histoire. L'exploit réussi par Marcos Baghdatis, finaliste malheureux de cet Open d'Australie, n'en reste pas moins exceptionnel. Pointé à la 54e place de la hiérarchie mondiale en début de tournoi et inconnu du grand public, le Chypriote a crevé l'écran durant toute la quinzaine, s'offrant les scalps d'adversaires aussi illustres qu'Andy Roddick, Ivan Ljubicic ou David Nalbandian.

Hier, en finale, le natif de Limassol a encore poussé Federer dans ses derniers retranchements durant un set et demi avant de céder devant le talent de son adversaire. «J'ai l'impression de me réveiller après un long et un beau rêve. J'ai eu ma chance. J'ai mené un set à rien, avec break dans le deuxième. J'ai même bénéficié de deux balles de 3-0. J'ai peut- être commis l'erreur de trop réfléchir et de penser à la victoire. A partir de là, j'ai perdu pied...»

Baghdatis n'a aucune raison d'être déçu. L'ancien champion du monde juniors a prouvé, au grand jour, l'étendue de son talent. Et il ne faut pas être grand clerc pour deviner qu'il jouera un rôle important dans le tennis masculin de ces dix prochaines années. «Je n'ai que 20 ans. C'est sûr, j'en jouerai donc des finales. Et j'en gagnerai. Ceci dit, j'ai malgré tout des regrets...»

Il évoque cette balle litigieuse qui a permis à Federer de remporter le deuxième set. «L'arbitre a overrulé le juge de ligne pour donner le point à mon adversaire. C'était un tournant du match. Ce quinze a donné confiance à Roger tandis qu'il m'a un peu coupé les jambes. Après, il n'y a plus eu vraiment match. J'ai eu des crampes dans le troisième set. Je pense qu'elles étaient dues au stress...»

Héros national dans son pays, où le tennis ne défrayait guère jusqu'ici les chroniques des journaux, Baghdatis tire un bilan positif de ce tournoi. «J'ai pris conscience de mon potentiel. Maintenant, il ne faut pas que je me relâche. Mon rêve, c'est de gagner une finale de Grand Chelem et la Coupe Davis avec mon pays», dit-il, ambitieux et sûr de lui.

Impressionné par Federer, il a compris l'émotion du champion suisse lors de la cérémonie protocolaire. «Elle était normale. Il joue pour vivre des moments comme ceux-là. C'est un gars formidable. J'avais assisté, à la télé, à sa première victoire à Wimbledon, et il m'avait fait pleurer. Cela me faisait bizarre de me retrouver à côté de lui aujourd'hui...» dit-il, le verbe teinté d'admiration.

Ce lundi, Baghdatis va aller rendre viste à sa grand-mère qui vit à Sydney, puis il retournera à Chypre où il recevra l'hommage de tout un peuple. «Je pense effectuer mon retour à la compétition lors du tournoi de Marseille, le 13 février...»

© Les Sports 2006