Jeux, sets et matches

Tennis

MIGUEL TASSO

Publié le

Jeux, sets et matches
© Belga

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE

C' est fait. Cette finale cent pour cent belge, dont on rêvait sans trop y croire, est là, devant nous, servie sur un plateau d'argent. Samedi, à 15 heures, Justine Henin et Kim Clijsters se retrouveront sur le central avec, pour enjeu, le titre 2003 des Internationaux de France!

Il faudrait un livre, presque un roman, pour faire vivre, sur papier, les mille et une émotions vécues, hier, par le public belge présent dans les tribunes du court Philippe Chatrier. La victoire de Kim Clijsters face à Nadia Petrova avait mis les supporters en appétit, celle de Justine Henin contre Serena Williams allait déchaîner les plus folles passions, transformant le stade en véritable arène aux couleurs noir, jaune et rouge! Le succès de la Rochefortoise en trois sets face au numéro un mondial fut, il est vrai, épique, mélange de tragédie grecque et de thriller américain. Il ne manqua rien, ni au scénario ni à la mise en scène. D'invraisemblables renversements de situation, des aces suivis de doubles fautes, des regards meurtriers échangés des deux côtés des filets avec, en toile de fond, un public hystérique qui a du faire rougir, dans leur tombe, les valeureux Mousquetaires: oui, ce match fut démentiel. «Je n'avais jamais ressenti de telles émotions, jamais joué à un tel niveau...» confiera la championne belge.

Les yeux de la colère

Au premier set, remporté assez facilement par une Justine Henin très agressive, Serena Williams répliqua en s'adjugeant, les poings serrés et les yeux ivres de colère, la seconde.

«Dans la première manche, je n'ai pratiquement rien raté. Les balles fusaient de partout! J'ai appliqué à la lettre la tactique pensée avec Carlos. J'essayais de servir sur elle, de varier la cadence, d'utiliser mon slice. Ce début de match était très important à la fois pour le moral et la confiance...»

Touchée dans son orgueil, l'Américaine sortit l'artillerie lourde dans la deuxième manche. Elle servit mieux, frappa plus fort dans la balle, trouva parfois des angles impossibles. «Je me suis accrochée jusqu'à 3-3. Mais elle a ensuite signé quelques très grands points. J'étais un peu à la peine...» Sur sa lancée, l'Américaine s'envola dans la manche décisive, prenant l'avantage à 3-1, puis à 4-2. «J'ai bien cru que c'était fini. Par instants, elle est vraiment très impressionnante...» avouera Henin. Mais c'est à ce moment précis, alors que la messe semblait dite, que le match se joua et bascula dans l'autre camp. Deux points litigieux déstabilisèrent Serena qui, menant 30-0, se fit remonter, perdit quatre points d'affilée et, du même coup, son service. Ces incidents de jeu relancèrent complètement la Rochefortoise qui, portée par les quinze mille spectateurs du central, reprit soudainement espoir. «Je me suis dit que tout restait possible. J'ai essayé de me concentrer sur chaque point...» Justine égalisa à 4-4 et servit même pour le match à 5-4. «Mais il est très difficile de garder son calme dans ces moments particuliers...»

Grâce notamment à deux doubles fautes de son adversaire, Williams revint à 5-5 sur un jeu blanc. Mais, au plus haut de l'excitation, l'Américaine, visiblement nerveuse, reperdit son jeu de service. Cette fois, la Belge porta l'estocade en servant des premières balles. «A 6-5, sur ma chaise, j'ai fait le vide dans ma tête. Et j'ai gagné!»

Gagné son match. Gagné le droit de jouer sa première finale du Grand Chelem, ici, sur cette terre battue de Roland Garros qui alimente tous ses rêves depuis tant d'années. En 1992, alors qu'elle assistait en compagnie de sa chère maman à la finale entre Graf et Seles, la petite Justine avait, du haut de ses dix ans, lancé: «Un jour, maman, c'est moi qui la jouerai, cette finale...» Ce moment tant attendu est arrivé. Là-haut, maman doit être fière de sa Juju...

© La Libre Belgique 2003

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