Jo-Wilfried Tsonga, toujours sur son nuage, a plané jusqu'à la finale de l'Open d'Australie en survolant son match contre Rafael Nadal, balayé 6-2, 6-3, 6-2, jeudi à Melbourne. Il va maintenant se mesurer dimanche à Roger Federer ou à Novak Djokovic pour succéder à Yannick Noah, dernier Français sacré en Grand Chelem à Roland-Garros en 1983, et tout paraît possible tant le tennis qu'il a montré face à l'Espagnol a été éblouissant. La deuxième demi-finale a lieu vendredi soir.

"J'ai avancé dans toutes les balles et j'ai produit un tennis qui a fait rêver des gens, car moi aussi je me suis fait rêver", a dit le Français, ébahi par sa propre performance. Tsonga, 22 ans, est le premier Tricolore à atteindre la finale de l'Open d'Australie, et d'un Grand Chelem, depuis Arnaud Clément en 2001. Qui aurait pu l'imaginer il y a deux ans, lorsque le Manceau, blessé au dos, se demandait s'il pourrait un jour reprendre une raquette, ou même l'année dernière lorsqu'il s'était présenté à Melbourne avec le dossard 212.

Le Français, 38e mondial, jouera sa première finale alors qu'il n'en est qu'à sa cinquième participation à des tournois du Grand Chelem. Le grand Federer avait dû s'y reprendre à 17 fois avant d'avoir une chance de soulever sa première coupe.

Nadal écrasé

Son accession à la finale est l'une des plus grosses surprises de ces dernières années dans le tennis, comparable à celle qu'avait causée le Chypriote Marcos Baghdatis il y a deux ans, déjà à Melbourne, en jouant le titre contre Federer. Mais c'est surtout la qualité incroyable du tennis joué par Tsonga, qui atteint de nouveaux sommets à chacune de ses sorties, qui éblouit tout le monde à Melbourne et ailleurs. Le public de la Rod Laver Arena ne s'y est pas trompé et lui a offert une longue "standing ovation" alors qu'il faisait son désormais fameux geste de victoire, les bras levés et les pouces vers le bas, comme pour montrer quelque chose dans son dos.

En demi-finale, il a écrasé Nadal comme aucun joueur ne l'a jamais fait dans un tournoi du Grand Chelem. Il a réussi tous les coups du tennis, des aces, des coups droits gagnants, mais surtout d'invraisemblables volées amorties dans les positions les plus impossibles. Il a terminé avec 49 coups gagnants (contre seulement 13 à Nadal), dont 17 aces, et 75% de réussite à la volée. Le Majorquin n'a pas fait un mauvais match (seulement 12 fautes directes), mais son fameux lift de coup droit a tout simplement été impuissant à déborder Tsonga, dont la couverture de terrain a encore fait merveille.

"C'est dur de le battre parce que c'est dur de le déborder, mais aujourd'hui, à chaque coup j'avais l'impression de le mettre en difficulté. C'était comme dans un jeu vidéo," a dit Tsonga. D'ailleurs Nadal, quatrième tête de série éliminée par le Français après Andy Murray, Richard Gasquet et Mikhaïl Youzhny, n'avait pas perdu un set depuis le début du tournoi.

Constamment repoussé en défense loin de sa ligne de fond, il n'a jamais eu la moindre occasion de revenir dans le match face à un Tsonga qui a toujours conservé une étonnante décontraction. "La vérité, c'est que je n'ai eu aucune chance. Quand un gars joue à ce niveau, c'est très difficile de l'arrêter", a dit l'Espagnol. Par rapport au joueur qui s'était incliné en trois sets 7-6, 6-2, 6-1 face à Nadal à l'US Open en septembre dernier, Tsonga s'est métamorphosé. Prometteur avant ses vingt ans, le Manceau avait vu sa progression stoppée par de nombreuses blessures, notamment au dos, et n'était réapparu sur le grand circuit que la saison dernière après deux ans de galère.

Tsonga, qui est d'ores et déjà sûr d'entrer dans le Top 20 et de passer N.2 français derrière Gasquet, n'a jamais rencontré ni Roger Federer ni Novak Djokovic. "Ils ont tous les deux deux bras et deux jambes. On verra ce qui va se passer sur le court. Je donnerai le meilleur de moi-même", a dit le Français.