L’ancienne n°1 mondial pendant 117 semaines remet notre équipe de Coupe Davis et David Goffin à leur juste place.

Discrète, Justine Henin a effectué une apparition lors des quarts de finale de Coupe Davis au Spiroudome. Son ventre est joliment arrondi.

L’ancienne n°1 mondial s’est calée dans un fauteuil d’une loge pour répondre à nos questions. Elle n’a éludé aucun sujet. Même si l’interview s’est bloquée pendant l’intégralité du quatrième set du double de Ruben Bemelmans et de Joris De Loore, Justine Henin n’a jamais regardé sa montre.

La femme de 35 ans, retraitée définitivement du circuit depuis le 26 janvier 2011, a pris le temps de prendre le temps. Malgré la fin de sa grossesse, elle semblait en grande forme. Son sourire refaisait surface à intervalles réguliers.

Justine Henin, comment vous sentez-vous ? Comment se passe votre grossesse ?

"Tout va bien, mais ça devient long. J’attends l’arrivée de mon petit bout avec impatience. Je me suis juste offert un petit break de tennis. Je ne voulais pas manquer un quart de finale de Coupe Davis dans mon propre pays."

Vous avez vécu de nombreux matches chargés d’émotions. Aujourd’hui, quand vous regardez David Goffin jouer pour son pays, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

"J’ai pris beaucoup de recul. Je suis nettement moins dans l’émotionnel par rapport à ma période de joueuse. J’avoue même avoir beaucoup de mal à ressentir des émotions pendant les matches. Je vois tout ça plus sereinement. Mon regard est plus objectif."

Il est difficile de ne pas tomber dans l’euphorie en songeant aux exploits de David Goffin et de Steve Darcis…

"Oui ! On ne prend pas assez la mesure des performances accomplies par David. Ce que fait ce garçon est exceptionnel. Il rivalise avec les plus grands à une époque où la concurrence à l’ATP est énorme."

Et Steve Darcis ?

"Je me souviens de l’époque où nous étions ensemble au centre de tennis-études à Mons. J’ai beaucoup d’affinités pour lui. Il a connu des problèmes physiques. Il vient de sortir d’une période délicate sur un plan privé avec sa fille. Mais il surmonte tout et est toujours là. Il parvient à gérer sa famille et sa carrière."

Aviez-vous assisté aux exploits de Darcis lors du premier tour à Francfort ?

"J’ai regardé les matches à la télévision. Ma fille de 4 ans était scotchée à l’écran. D’ailleurs, elle faisait des photos de la télé pour immortaliser ces instants. Steve présente cette capacité à dégager des émotions fortes pendant ses matches. En Coupe Davis, le classement ne compte plus. En Allemagne, peu de gens croyaient en la qualification. Ils l’ont fait. Avec Steve, il y a toujours un moment magique."

Que pensez-vous de cette qualification pour les demi-finales ?

"Se qualifier à nouveau est très important car cela montre que le hasard n’y est pour rien. L’équipe belge est solide. Elle abat un gros travail. Personnellement, je ne suis pas impliquée en coulisses, mais on sent que le capitaine a créé un véritable groupe."

Quelle valeur présente le parcours de 2017 ?

"Il est plus beau encore que 2015. En sport, la confirmation est plus belle que la surprise du premier jour."

Jusqu’où la Belgique est-elle capable d’aller ?

"C’est vraiment dur à dire. La Belgique peut évidemment gagner la compétition. La situation est incomparable avec une levée du Grand Chelem ou un tournoi classique. En Coupe Davis, il y a les forfaits, le lieu des rencontres, la nature de la surface et tant d’autres facteurs."

Du temps de votre carrière, vous aviez l’habitude de voir des tribunes noires de monde. Il n’en a pas toujours été ainsi pour l’équipe belge de Coupe Davis. Êtes-vous satisfaite en voyant les tribunes du Spiroudome fort remplies ?

"L’engouement est évident, mais j’en veux encore plus. Lors du double du samedi, il y avait encore des places libres. Les supporters présents sont exceptionnels. Moi, je voudrais que les matches se jouent à guichets fermés car les trois jours sont sold out. Je reste donc sur ma faim. Le sport est vecteur d’émotions. J’étais ravie de voir autant de jeunes et d’enfants."

On parle beaucoup d’une refonte du format de la Coupe Davis. Doit-on en arriver là ?

"L’attrait de la Coupe Davis fluctue en fonction des joueurs. Cette compétition prend de la place dans le calendrier. Moi, je dis que si les Belges y arrivent, pourquoi pas les autres ?"

Concrètement, faut-il réformer le Saladier d’Argent ?

"Je suis traditionaliste. Je veux voir perdurer mon tennis. Tout évolue. Donc, ma manière de penser est peut-être mauvaise. Vouloir que tout reste comme avant est peut-être une erreur, mais c’est mon avis. Toutefois, j’accepte de me poser des questions. Je comprends l’importance de répondre aux besoins du calendrier. Je crois que le format d’aujourd’hui a encore sa place pour demain."

Justement, parlons de demain. Du 15 au 18 septembre, la Belgique recevra l’Australie en demi-finale. Quelles seront les chances des Belges ?

"Il est évident que l’opportunité est belle. Tout peut arriver. J’attends avec impatience le jour J. Disputer une nouvelle finale, deux ans plus tard, serait juste exceptionnel. J’encourage le public à réaliser la portée de cet exploit. À une certaine époque, Kim Clijsters et moi, nous avons mis la barre trop haut. Un pays ne sort pas de telles joueuses tous les cinq ans. Ici, on parle de l’ATP qui est d’un tout autre niveau. L’équipe belge est ultra compétitive. En plus, elle fonctionne à l’émotion."

“Lalie a le sens de la balle”

Il y a un peu plus de quatre ans, Justine Henin découvrait les joies de la maternité. Lalie est née quelques jours après l’arrivée du printemps 2013. “Ma fille est une touche-à-tout. Il est indéniable qu’elle a le sens de la balle, mais je ne la pousse pas vers le tennis.”

"Moi encore coach ? Jamais dire jamais"

Le destin de Justine Henin sera toujours lié au tennis. Actuellement, elle gère son club au quotidien à Limelette. Elle prend le temps de découvrir un tennis moins stressant. "Je ne m’occupe plus du haut niveau. J’assiste aux compétitions de mon club. J’aime aussi voir les enfants jouer pour leur plaisir."

De son propre aveu, elle reste attentive à tout ce qui se passe sur le circuit pro. "Mais, ma vie ne se résume plus qu’au tennis."

Épouse et maman, Justine Henin s’était lancée dans une aventure de coaching avec Elina Svitolina jusqu’à la saison passée. Pourrait-elle repartir dans une autre expérience de ce type ? "Il ne faut jamais dire jamais , sourit-elle. Mon deuxième enfant arrive bientôt. Je n’ai pas la tête au coaching. Dans le monde d’aujourd’hui, tout le monde veut tout faire. Moi, j’ai 35 ans. Tout est encore possible au niveau professionnel. Ma seule certitude, je ne reviendrai jamais sur le circuit comme joueuse. (Rires) Je ressens ce besoin de relever des challenges. J’en ai envie. Avec Svitolina, j’ai pu me développer et apprendre. J’aime aussi vivre sans pression."

"Maria Sharapova ? Je suis intolérante avec le dopage"

Contrôlée positive au meldonium à l’Open d’Australie 2016, Maria Sharapova fera officiellement son retour grâce à une invitation des organisateurs du tournoi de Stuttgart (24-30 avril). Initialement fixée à 24 mois par l’ITF, sa suspension a été réduite à 15 mois par le Tribunal arbitral du sport en octobre 2016. La lauréate de cinq tournois du Grand Chelem, qui aura 30 ans le 19 avril, a également bénéficié d’invitations pour les tournois de Madrid (7-14 mai) et de Rome (14-21 mai) où elle pourra donc entrer directement dans le grand tableau. La situation a engendré de grands débats à tous les niveaux. Justine Henin apporte sa pierre à la réflexion. "La situation est délicate. Sa suspension est un fait. Je suis tout avec une grande distance. Je pense qu’elle devra réaliser de grands résultats pour retrouver la confiance. Malheureusement, les tournois ont besoin d’attirer des grands noms. Qu’elle fasse ses preuves sur le terrain. Je la trouve courageuse de revenir. Personnellement, je suis assez intolérante. Elle a vécu sa suspension. Le public décidera de ce qui est juste ou pas. Sera-t-elle soutenue ? Je ne sais pas. Elle est responsable de la situation. Le risque, c’est que le public pense que tout le monde fait comme elle."