Tout était programmé pour faire de cette soirée une grande fête. La fête à Justine. Portée absente du tournoi depuis cinq ans, la n°1 mondiale fut donc accueillie avec les honneurs dus à son rang. Les organisateurs avaient même déposé sur chaque siège du Sportpaleis des cartons mauve et blanc aux couleurs du sponsor où l'on pouvait lire, d'un côté, "Go" et de l'autre, "Justine" . Mieux : lorsque les 13 000 spectateurs levaient ces écriteaux, un énorme "tifo" était censé apparaître dans les tribunes sous la forme d'un émouvant "Allez Justine" . Un peu comme cela se passe dans les grands stades de foot, du côté de Milan, Madrid ou Barcelone.

Le public multicolore ne comprit pas toutes les subtilités de l'artifice et quelques lettres se perdirent en cours de route dans les travées. Mais l'intention était là ! Et à défaut de pouvoir lire le message un peu confus, la n°1 mondiale eut tôt fait d'entendre les "Allez Justine" lancés, pêle-mêle, par les bonnes gens de Rochefort, venus comme en pèlerinage, et par les habitués de l'endroit, ravis d'échanger à bon compte leur traditionnel "Come on Kim" !

Comme les Diables Rouges de la grande époque, Justine fédère autour d'elle bien davantage que les politiciens de tous bords. Ce n'est pas un hasard si elle a été élue personnalité sportive préférée par les néerlandophones alors qu'elle ne parle pas un mot de flamand !

On sentait, en tout cas, la championne belge impressionnée par cet accueil. Son visage trahissait une véritable émotion à son entrée sur scène, façon rockstar. Certes, ce tournoi ne lui rappelle pas que de bons souvenirs et sa défaite en 2003 face à Kim Clijsters est encore sûrement gravée dans sa mémoire. Mais elle avait, à l'évidence, envie de communier avec ses supporters, venus des quatre coins de la Belgique. Ce public chaleureux, qui n'avait d'yeux que pour elle et qui avait reçu des pralines en forme de coeur à l'entrée, était, en ce 14 février, son Valentin à elle.

Seulement voilà, les plus beaux projets sont souvent contrariés. Et, hier, le problème s'appelait Tsvetana Pironkova. Loin de vouloir tenir la chandelle et indifférente à l'idée de gâcher la fête programmée, la Bulgare, sortie des qualifications, avait de l'ambition plein la raquette. Et elle le fit d'entrée savoir, remportant le premier set au tie-break dans l'incrédulité générale. Etait-elle stressée par ces retrouvailles avec la Métropole, toujours est-il que Henin tardait à entrer dans la partie.

On la sentait crispée et inquiète, cherchant sans cesse du réconfort dans la loge où se trouvait sa garde rapprochée. Mais, fût-elle portée par tout un peuple, Justine était bien seule sur le court. A 1-3 pour sa rivale dans le deuxième set, on la sentit même chancelante, prête à rompre. Mais, dos au mur, elle s'accrocha. Comme à son habitude. Et, insensiblement, elle refit son retard, pour s'adjuger la deuxième manche 6-3. Le troisième set pouvait commencer sous un autre rythme. Au propre comme au figuré...