ENVOYE SPECIAL À PARIS

A ceux qui doutaient de sa forme, Justine Henin a apporté, hier, un cinglant démenti, remportant de la plus belle façon son «derby» face à Kim Clijsters (6-3, 6-2 en 1 heure 9 minutes). «C'est un pas important mais il reste encore un bout de chemin à parcourir. En janvier dernier, j'ai perdu la finale de l'Open d'Australie face à Mauresmo en raison d'une indigestion. C'est un très mauvais souvenir. J'ai soif de revanche. Je vais tout faire, croyez-moi, pour être au meilleur de ma forme samedi contre Kuznetsova», explique-t-elle, les yeux déjà tournés vers la finale.

Equilibré lors des premiers échanges, où les deux joueuses se regardaient un peu à la façon de deux boxeurs lors d'un premier round, le match d'hier tourna clairement à l'avantage de la Rochefortoise à 3-3 dans le premier set. «C'est vrai, j'étais un peu nerveuse au départ. J'ai même dû sauver deux balles de break lors des premiers jeux. Puis, petit à petit, je me suis libérée. J'avais de bonnes jambes, je me sentais bien sur le court. Et le premier break pour mener 5-3 m'a complètement libérée...»

De fait, à partir de ce moment, la tenante du titre dicta sa loi dans tous les secteurs du jeu. «Au début du deuxième set, je me suis un peu relâchée. Mais j'ai vu que Kim commettait de plus en plus de fautes directes. Je me suis donc efforcée de garder au maximum la balle dans le court. Je savais qu'en étant régulière, j'avais toutes les chances de m'imposer...»

Attitude offensive

Hier, Justine était assurément la plus forte. Tactiquement mais aussi techniquement. Sa fin de match fut remarquable. Ses balles étaient tranchantes, ses services percutants. Elle commit bien, ici ou là, quelques erreurs directes mais c'était le plus souvent en avançant sur la balle et en imposant sa variété de balles. «Je crois avoir eu une bonne attitude, assez offensive. Jouer Kim n'est jamais facile. Au réveil, je me sentais d'ailleurs assez tendue. Mais sur le court, j'ai vite retrouvé mes sensations.»

Il ne reste plus à Justine qu'une étape à franchir pour soulever une troisième Coupe Suzanne Lenglen dans le ciel parisien. «Il ne faut surtout pas que je perde ma concentration. Kuznetsova est une adversaire redoutable.Je crois sincèrement que nous sommes actuellement les deux meilleures joueuses sur terre battue. Elle est revenue de loin face à Vaidisova. Cela lui conférera beaucoup de confiance...»

Même si les statistiques des duels entre les deux joueuses sont clairement à l'avantage de la joueuse belge (lire par ailleurs), on peut faire confiance à la Russe pour vendre chèrement sa peau et pousser Justine dans ses derniers retranchements. Nul n'a oublié ce huitième de finale de l'an passé où Kuznetsova bénéficia de deux balles de match face à la Belge. Trop stressée sans doute et victime de cette fameuse peur de gagner, l'ex-lauréate de l'US Open n'avait pas su conclure.

«J'ai lu la peur dans ses yeux», avait déclaré Henin pour expliquer la situation. Kuznetsova est désormais plus expérimentée et encore plus ambitieuse. «Notre dernier match a Berlin avait été d'un très haut niveau. J'avais gagné 6-4, 7-6 mais tous les échanges avaient été très disputés...»

Justine est déjà dans sa finale. Elle savoure, certes, sa belle victoire face à Kim. Mais elle a déjà envie de se retrouver sur le Central et de partir à la conquête de son troisième sacre. Sa défaite de Melbourne et les critiques qu'elle suscita restent clairement au travers de sa gorge. Elle veut laver son image auprès de la planète tennis en signant un grand match. On peut lui faire confiance! «Ce qui est sûr, c'est que je ne prendrai pas d'anti-inflammatoires avant la finale», sourit-elle.

© Les Sports 2006