Ines Ibbou a tout sacrifié pour le tennis dans un pays où rien n'est fait pour l'aider à percer.

Ce week-end, elle s'est adressée directement à Dominic Thiem (ATP 3) qui a refusé de participer au fonds de soutien pour les joueurs mal classés. L'Autrichien avait expliqué ne pas savoir "pourquoi je devrais donner de l'argent aux mal classés", racontant que "toute l'année, j'en vois beaucoup qui ne donnent pas tout au tennis". Ines Ibbou ne fait visiblement pas partie de ceux-là. Dans une vidéo de près de dix minutes, postée sur Youtube, la joueuse a décrit son parcours et ses difficultés quotidiennes. Le tout illustré d'images qui montrent la précarité de ses entraînements.


Morceaux choisis:

"Cher Dominic, je me suis demandé ce qu'aurait été ma carrière, ma vie, si j'avais été à ta place (...) Savais-tu qu'en Algérie, les tournois juniors ITF sont très rares et qu'il n'y a pas le moindre tournoi pro ? Qu'il n'y a pas un seul entraîneur sur le circuit international ? Qu'il n'y a pas le moindre court indoor ? Je ne sais pas comment c'était pour toi, mais pour nous, s'il pleut pendant une semaine, on bosse notre revers... à la salle de sport. Et je ne parle même pas de la qualité des installations ou des courts... On ne savait même pas sur quelle surface on jouait. C'est du gazon ? C'est de la terre battue ? L'Afrique, comme ils disent."

Ines Ibbou raconte alors son parcours prometteur chez les jeunes: "J'étais l'une des meilleures joueuses du monde à 14 ans. J'ai remporté mes premiers points WTA en gagnant un 10 000 dollars au même âge. Beaucoup de journalistes m'ont appelée le "miracle" du tennis algérien. Si j'avais fait partie de ton monde magique à l'époque, j'aurais probablement attiré l'attention de nombreux sponsors et la fédération aurait pris soin de moi. Mais ça ne s'est pas passé comme ça. Des sponsors, tu dis ? Adidas, Nike, Wilson, Prince ou Head n'existent pas en Algérie ! La meilleure joueuse du pays, au sommet du classement junior, mais pas un centime en poche. Ironique, n'est-ce pas ?"

La joueuse raconte avoir du recevoir de l'aide pour ses entraînements mais aussi pour la vie quotidienne: "On a du me fournir le minimum vital: de la nourriture et un endroit où dormir. Ma situation était désespérée. Mais je me suis remise sur les rails et j'ai réussi mon passage vers les pros. Malheureusement, je me suis blessée au pire moment, quand l'ITF a changé ses règles. Je ne suis pas sûre que cela t'ait vraiment affecté..."

"Aujourd'hui, j'ai 21 ans et je suis autour de la 600e place mondiale. J'espère toujours réaliser le rêve pour lequel j'ai sacrifié mon enfance, ma scolarité, mon adolescence, ma vie de famille, mes amis, mon argent, les anniversaires, les vacances, toute ma vie ! Je suis une femme solitaire qui voyage généralement avec deux escales, à la recherche du billet le moins cher. Je sacrifie mon temps, mes entraînements et mon repos pour postuler à un simple visa, sans garantie de l'avoir. Je loge loin des tournois pour réduire les coûts. Alternes-tu entre terre battue et dur d'une semaine à l'autre comme moi ? Finis-tu les tournois avec des trous dans tes chaussures comme moi ?"

"Dominic, laisse-moi te demander : qu'est-ce que ça fait d'offrir un cadeau à tes parents ? Je ne me souviens même pas du dernier anniversaire que j'ai célébré avec mes proches... tous ces sacrifices font partie du jeu mais c'est le court qui devrait décider de ma carrière, pas mes ressources financières. Cher Dominic, contrairement à toi, beaucoup partagent ma réalité. Ce n'est pas grâce à ton argent qu'on a survécu jusqu'à présent et personne ne t'a rien demandé. À part un peu de respect pour nos sacrifices. Des joueurs comme toi me font m'accrocher à mon rêve. S'il te plaît, ne gâche pas ça."