La vie peut prendre parfois de drôles d'allures. A 31 ans, Dick Norman disputera ainsi l'US Open pour la première fois de sa carrière. Vendredi dernier, le grand gaucher de Waregem, 2,03m, a mérité sa place dans le tableau final en remportant son troisième et dernier tour des qualifications contre l'Allemand Lars Burgsmüller (ATP 81). Ce mardi, il rencontrera le Tchèque Bohdan Ulihrach (ATP 79) au premier tour de l'US Open.

`Il s'agit d'une très agréable surprise, confia-t-il, le sourire aux lèvres. Je m'étais à peine préparé une demi-journée sur ciment, mais je me suis montré très régulier. J'ai bien été mené 3-0 dans le dernier set lors de mon deuxième tour contre le jeune Français Richard Gasquet, mais je me suis accroché et j'ai fini par m'en sortir. L'US Open est le seul tournoi du Grand Chelem que je n'avais encore jamais disputé et c'est sympa que cette lacune ait été enfin comblée.´

La qualification de Dick Norman représente, en tout cas, une belle histoire... belge. Révélé en 1995 sur le gazon de Wimbledon, où il battit successivement Pat Cash, Stefan Edberg et Todd Woodbridge pour se hisser en huitième de finale, il semblait parti pour une belle carrière avec une place assurée dans le Top 100 mondial.

`Je vais devenir Top 100´

Mis à part une accession au troisième tour à Roland-Garros, en 1997, il ne réussit certes jamais vraiment à confirmer par la suite et, désabusé, quitta même le circuit dans le courant de l'année 1998 pour s'en aller donner des cours de tennis au Waregem Happy, le club de son enfance, et se lancer dans le golf. Envoyer la balle à des débutants, certes, ne l'amusa pas longtemps. Se rendant compte que ce qui lui plaisait encore le plus était d'arpenter le circuit, il reprit sa raquette de pèlerin au début de la saison 2000.

`J'ai dû repartir de zéro vu que je n'avais plus de classement. J'ai même été forcé de mendier pour bénéficier d'une wild-card dans le plus petit des tournois Futures, en Espagne sur terre battue. Je me souviens avoir eu très peur de perdre, de crainte de ne plus recevoir d'éventuelles invitations par la suite...´

Dick Norman, cela dit, gagna. Aujourd'hui, deux ans plus tard, il s'est même hissé au 134e rang mondial et figure en passe d'améliorer son meilleur classement, une 111e place obtenue le 2 février 1998. Le Top 100, il devrait finir par l'accrocher, mais il n'en fait en tout cas plus une obsession...

`Je m'amuse plus qu'il y a dix ans, tout simplement parce qu'avec l'âge, je relativise nettement mieux les événements, sourit-il. J'ai déjà 31 ans, c'est vrai, mais je ne me sens pas comme un grand-père. Au contraire, je suis encore frais et occupé à la meilleure saison de ma carrière avec trois victoires en tournois Challengers. Et puis, mon jeu n'est pas si fatigant. Je ne suis pas de ceux qui doivent livrer quinze échanges pour gagner un point, sourit-il. Il me manque 60 points pour intégrer le Top 100 et je suis certain que je vais les obtenir. Je ne sais pas combien d'années je jouerai encore. Je crois que je continuerai jusqu'au moment où j'en aurai marre...´

© Les Sports 2002