Le stade de Roland Garros a fêté ses 80 ans cette année. Cette édition ne restera pas dans les annales dans le coeur des Belges. Habitués aux places d'honneur avec les présences au plus haut niveau de Justine Henin et de Kim Clijsters, voire de Dominique Monami, Sabine Appelmans ou Filip Dewulf, les supporters belges ont applaudi les coups de raquettes de diamants extra-muros comme Nadal, Federer, Monfils, Djokovic, Ivanovic, Safina, Jankovic,... Tour d'horizon des dix leçons à retenir de ces quinze derniers jours.

1.Les adieux de Kuerten : vêtu de son maillot bleu et jaune, réédition de celui qu'il portait en 1997, Gustavo Kuerten, retombé à la 1 140e place à l'ATP a de nouveau fait vibrer tout le public du Central. La magie "Guga" a encore hypnotisé les foules. Bien sûr, sportivement, le Brésilien, diminué par une hanche douloureuse et un tendon du muscle fessier qui lui bloque le dos, n'a pas fait le poids face au Français Paul-Henri Mathieu. Mais le triple lauréat de l'épreuve est arrivé à quai à Paris. La boucle est bouclée. Le dimanche 25 mai 2008, il a tiré sa révérence sur ce même court qui l'avait vu naître sur la scène mondiale en 1997.

2.La bérézina du tennis belge : chronique d'une mort annoncée des Belges à Roland Garros. Nul observateur réaliste n'attendait de miracle de nos compatriotes. De là à imaginer n'avoir aucun représentant au second tour en simple, il y avait un pas que certains optimistes ne voulaient pas franchir. Si Steve Darcis a buté sur le roc Ferrer, nos trois autres candidats bénéficiaient d'un tirage plus favorable. Seule éclaircie dans la grisaille, le quart de finale en double de la paire Rochus-Darcis.

3.Le naufrage de Mauresmo à l'image des joueuses françaises : depuis sa victoire en 2007 à Anvers, Amélie Mauresmo cherche un second souffle qui tarde à revenir. Epinglée comme favorite lors des dernières éditions, la Française avait toujours craqué à domicile sous le poids de la pression. On se disait que cette année, vu ses résultats calamiteux, elle ne s'en remettrait pas. Personne ne l'attendait. Rien n'y fit. L'ancienne numéro un mondiale, qui a dégringolé à la 29e place à la WTA, a quitté la scène dès son second match face à l'une des révélations du tournoi, Carla Suarez Navarro, une Espagnole classée 132e et issue des qualifications qui a atteint les quarts de finale. Outre Amélie Mauresmo, les seize joueuses françaises ont toutes sombré avant les huitièmes.

4.La déroute des soeurs Williams : le retrait de Justine Henin avait ouvert la voie aux soeurs Williams à Paris. Mais Venus tout comme Serena sont reparties sur la pointe des pieds au troisième tour. Si à elles deux, elles ont remporté quatorze levées du Grand Chelem, elles n'ont plus gagné de "Major" depuis Wimbledon l'an passé. Seule Serena a été intronisée à Paris, il y a 6 ans déjà.

5. Gaël Monfils, "sliderman" : adulé par les uns, détesté par les autres, le Français Gaël Monfils a fait taire ses détracteurs. Jugé irrégulier, peu discipliné, le "Monf" ou "sliderman", voire encore l'homme caoutchouc, a démontré, en atteignant les demi-finales face à Roger Federer, que les médias pouvaient parler de lui grâce à ses résultats et non pas à cause de ses frasques ou de son attitude excentrique sur un court. Incertain la veille du tournoi, il a enchanté tout un pays qui attend toujours le successeur de Yannick Noah qui l'emportait il y a déjà un quart de siècle.

6.Dinara Safina, chef de file du tennis russe : la richesse du tennis russe tant à l'ATP qu'à la WTA n'est plus à démontrer. Les objectifs des photographes étaient rivés sur Maria Sharapova, Svetlana Kuznetsova, Anna Chakvetadze, Elena Dementieva ou encore Vera Zvonareva. L'armada russe s'est étoffée encore un peu plus avec l'émergence de Dinara Safina. Révélée à Berlin, où elle souleva le trophée après avoir dominé Justine Henin, Serena Williams et Elena Dementieva, celle qu'on appelait la petite soeur de Marat Safin s'est fait un nom dans le milieu en disputant sa première finale dans une levée du Grand Chelem. Ereintée par ses marathons contre Sharapova et Dementieva lors desquels elle sauva des balles de match, la 13 e joueuse mondiale est arrivée à bout de souffle en finale.

7. Rafael Nadal, l'invincible : les chiffres sont éloquents. Rafael Nadal a 22 ans. Il maintient son brevet d'invincibilité à la Porte d'Auteuil après quatre participations, soit 28 matches sans défaite. Même Bjorn Borg n'avait pas réalisé un tel exploit. Sur papier, son parcours n'avait rien d'une sinécure. "Rafa" ne s'est pas posé de questions, ne concédant que 41 jeux sur l'ensemble de sa quinzaine sans lâcher le moindre set. Nieminen, Verdasco ou Almagro ont été humiliés par le "matador", alors qu'en demi-finale, Novak Djokovic est resté impuissant sous les frappes du gaucher majorquin. Que dire alors de l'attitude de Roger Federer qui a perdu tous ses repères sur le Central hier en finale.

8.Roger Federer, l'éternel poulidor : il règne sans partage sur la planète tennis depuis le 2 février 2004. Sur toute la planète ? Non. La forteresse de la Porte d'Auteuil reste et restera la propriété de Rafael Nadal. Pour la troisième année consécutive, la finale a opposé Federer à Nadal ou plutôt Nadal à Federer. Si le Bâlois a élevé son niveau de jeu sur terre battue d'un cran, l'Espagnol a fait de même, mais de trois crans.

9. Serbie : jeu, set et match : après les années belges, vient l'ère serbe, à l'exception près que la Serbie est au sommet tant à l'ATP qu'à la WTA. Novak Djokovic a finalement été le plus coriace adversaire de Nadal, même s'il fut inexistant durant les deux premiers sets. Côté féminin, Jelena Jankovic, diminuée par une blessure, s'est hissée sans souci dans le dernier carré face à la numéro un mondiale et reine du circuit, Ana Ivanovic. La jeune Serbe a remporté le premier titre en Grand Chelem pour la Serbie dans le circuit féminin, quelques mois après le premier sacre en "Major" de Novak Djokovic à l'Australian Open.

10 Henin remet la Coupe à Ivanovic : la grande absente a goûté à l'ivresse du Central lors de la finale féminine. Mais depuis les tribunes, un anonymat dont elle n'a pas l'habitude. Elle a été applaudie par tout un public lorsqu'elle est montée sur le court pour remettre le trophée à Ana Ivanovic. Tout un symbole. La Serbe a pris la place de numéro un mondiale à la Belge après une brève régence de Maria Sharapova. Non rassasiée par ce titre honorifique, elle s'est érigée en reine de Paris, le fief inexpugnable de la jeune retraitée depuis trois ans.