Cette année à Wimbledon, les puristes vont peut-être s'étouffer en dégustant leurs traditionnelles «strawberries and cream», ces fraises garnies de crème fraîche dont les spectateurs du All England Lawn Tennis and Croquet Club raffolent depuis la création du tournoi.

Car tout change et tout évolue, même à Wimbledon. Et pour sa 115è édition, la troisième levée des tournois du Grand Chelem, disputée sur gazon, entre de plain-pied dans la modernité.

Primo, un nouveau système de têtes de série, passées de 16 à 32, a été élaboré, provoquant la colère des joueurs. Certains ont même menacé de boycotter le tournoi.

Ensuite, les matches de prestige débuteront une heure plus tôt que les années précédentes.

Et, cerise sur le gâteau, les joueuses demandent désormais des gains équivalents à ceux de leurs homologues masculins. Shocking! Pour les traditionalistes de Wimbledon, bastion de la royauté, des rites et des conventions, l'année 2001 risque donc fort d'être perçue comme une «annus horribilis».

FAIRE TAIRE LES PROTESTATIONS

Pour la première fois dans l'histoire du tournoi, 32 têtes de série, au lieu de 16, ont donc été désignées dans les tableaux masculin et féminin. Une décision qui a été prise pour faire taire les protestations des joueurs de terre battue, qui obtenaient jusqu'à présent un classement dans le tableau final sans rapport avec leur classement mondial, en raison de leurs piètres résultats sur gazon.

Wimbledon est le seul tournoi majeur du circuit disputé sur herbe, une surface très rapide qui favorise les attaquants et le jeu de service-volée.

Jusqu'à présent, les organisateurs du tournoi attribuaient les têtes de série selon leur bon vouloir. Certains joueurs de terre battue, incapables de défendre leurs chances sur gazon, ont donc lancé la fronde et demandé que les têtes de série soient basées sur le classement technique de l'ATP (l'ATP entry-system, utilisé à Roland Garros).

ABSENTS DE MARQUE

En guise de compromis, l'organisation a accepté de doubler le nombre de têtes de séries et d'y intégrer les 32 premiers du classement. Mais Wimbledon a tout de même obtenu le droit de modifier le classement à partir d'une base de données prenant en compte les résultats sur gazon des joueurs concernés.

Ainsi, l'ancien numéro 1 mondial Pete Sampras, vainqueur sept fois à Wimbledon mais seulement cinquième du classement technique, a été désigné tête de série numéro 1.

Cependant, les deux meilleurs joueurs du monde sur terre battue ne joueront pas à Wimbledon cette année. Le Brésilien Gustavo Kuerten, triple vainqueur à Roland Garros, et l'Espagnol Alex Corretja, deux fois finaliste à Paris, ont déclaré forfait, avançant des blessures.

AJUSTEMENT INJUSTE

L'ajustement des gains féminins par rapport à ceux des messieurs constitue également une nouveauté. Depuis des années, les femmes réclament la parité. Alors que le fossé se résorbe, Wimbledon refuse toujours de se rallier à la position des organisateurs des Opens d'Australie et des Etats-Unis qui rétribuent hommes et femmes de la même manière.

Cette année, les gains ont progressé de 5,5 pc pour atteindre 12,15 millions de dollars (environ 14 millions d'euros).

Mais les hommes restent privilégiés. Le vainqueur du tableau masculin touchera 715.000 dollars (environ 835.000 euros), tandis que la lauréate du tournoi empochera 661.375 dollars (environ 772.452 euros).

Et si l'on se penche sur les prix attribués aux femmes, ils n'augmentent que de 4,7 pc, contre une progression de 6,5 pc chez les messieurs. «Cela n'a rien à voir avec les droits des femmes»,

proteste le président du All England Club, Tim Phillips. Selon lui, les meilleures joueuses mondiales finissent par gagner plus que les joueurs car elles sont aussi engagées en double. Mais la popularité croissante du tennis féminin contraindra tôt ou tard les organisateurs de Wimbledon à s'aligner.

À LA MACHINE À ÉCRIRE

Pourtant, le souffle du changement n'est pas encore près de tout emporter. Lundi dernier, quand la nouvelle liste des têtes de série a été établie sur ordinateur, elle a été transmise à un employé pour qu'il la tape à la machine à écrire...Et comme chaque année, les tabloïds britanniques se feront une joie de couvrir le tournoi à leur manière, c'est-à-dire en privilégiant la vie privée des stars par rapport à leurs résultats.

(REUTERS)

© La Libre Belgique 2001