ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE MIGUEL TASSO

PARIS Après leur victoire et la traditionnelle photo au pied de la tour Eiffel, ils ont fait la fête, avec la famille et les copains, dans un restaurant italien près des Champs-Elysées. Jusqu'aux petites heures. Dans la bonne humeur mais sans excès. Une fête à l'image des deux héros de ce samedi: Xavier Malisse et Olivier Rochus. Un conte de fées. Une histoire belge. On ne sait trop quelles images utiliser pour symboliser le sacre obtenu par les duettistes du plat pays. Certes, le titre qu'ils ont gagné, en double messieurs, n'a pas la dimension de celui remporté, voici un an, par Justine Henin sur le même court central. Loin s'en faut. Mais il n'en reste pas moins remarquable et enivrant en ces temps où toute la Belgique s'est éprise d'une passion fulgurante et soudaine pour le tennis.

Cette histoire dégage, en tout cas, un parfum différent, mélange de hasard, de chance, de complicité et d'amitié. En début de quinzaine, Xavier et Olivier avaient décidé de s'inscrire à cette compétition de double pour le fun. En guise d'entraînement, ou presque. Ils faillirent d'ailleurs renoncer en début de tournoi en raison de la contracture à la cuisse de Rochus et il est probable que si l'Allemand Elsner, blessé, n'avait eu la bonne idée d'abandonner au deuxième tour de simple face à Malisse, l'aventure se serait terminée dans l'anonymat, par un forfait en bonne et due forme. Mais le destin en décida autrement. Et samedi, le regard incrédule, Xavier Malisse et Olivier Rochus ont quitté le court Philippe Chatrier avec le trophée des vainqueurs sous le bras! Ni plus ni moins...

Trois balles de set sauvées

Fût-il surprenant, le titre des jou- eurs belges est pourtant mérité. Durant le tournoi, Malisse et Rochus ont battu quelques-unes des meil- leures paires du monde: Woodbridge et Björkman, d'abord; Bhupati et Mirnyi, ensuite; Llodra et Santoro, enfin, en finale. C'est un sacré tableau de chasse pour deux candides! «Lors des premiers tours, on a joué très décontracté. C'était notre secret. Après, on s'est piqué au jeu. Mais sans jamais être sous pression...» sourit Xavier Malisse.

La paire belge n'a assurément pas les automatismes des grands spécialistes du double. Mais elle possède d'autres atouts et, notamment, des qualités exceptionnelles de relanceur et de contreur. «Je crois que c'est là que nous avons bâti notre succès!», analyse Olivier. Llodra et Santoro le confirmeront volontiers. Ils ne s'attendaient assurément pas à se retrouver sous les feux de tant de passings et de retours gagnants. «Il n'y a rien à redire à la victoire belge. Aujourd'hui, ils étaient les meilleurs. Nous n'avons pas joué notre meilleur tennis. Mais ce n'est pas une excuse. J'espère simplement qu'on aura une revanche!» déclara Santoro.

A 5-4 dans la première manche, le duo français bénéficia de trois balles de set sur le service de Xavier Malisse. Mais il était écrit, quelque part sur la terre battue parisienne, qu'une bonne fée veillait au grain. Malgré son dos qui se brisait un peu plus à chaque effort, le Flandrien appuya ses premières balles. Et à 5-5, c'est la paire belge qui, en état de grâce en retours, signa le break décisif pour mener un set à zéro.

Le coup de grâce

Touchés dans leur orgueil, portés par leurs supporters, les Français se reprirent d'entrée de deuxième manche. Menant 3-0, avec balle de 4-0, ils semblaient lancés pour égaliser à un set partout. Mais là encore, ils se firent remonter à coups de passings du bout du monde. Inspiré, audacieux, Olivier Rochus signa un véritable festival de coups de défense gagnants, restant le plus souvent en fond de court pour distiller ses armes secrètes! Et Malisse assurait au filet. «On n'a peut-être pas très bien servi. Mais je crois qu'on a été très bons dans les autres secteurs du jeu. On y a toujours cru. On s'est toujours motivé l'un l'autre. Et on a eu cette petite dose de réussite sur les points importants qui fait souvent la différence!» analyse l'Auvelaisien.

La façon dont, à 5-5 dans le second set, la paire belge signa le break décisif en dit long sur le potentiel technique et mental du tandem belge. Tout comme la manière avec laquelle Olivier servit pour la victoire et le match lors du jeu suivant! «Mieux valait gagner en deux sets, car mon dos me faisait souffrir. Mais dans ces moments, on ne réfléchit pas au danger. On joue, on frappe. Je me suis dit qu'il valait mieux me casser le dos et gagner la coupe plutôt que l'inverse!», conclut, mi-ironique mi-sérieux, Xavier Malisse.

à Paris en remportant, samedi, le double messieurs. De quoi faire

la fête sur les Champs-Elysées... (BELGA/EPA)

© La Libre Belgique 2004