Kim et Justine, Justine et Kim; deux prénoms, deux championnes, une Wallonne, une Flamande... un binôme rêvé pour notre petit royaume. Justine et Kim; Kim et Justine, ce sont avant tout deux championnes, attachantes par leurs différences. L'une a un revers cristallin et parfois un moral de cristal; l'autre a la puissance gravée dans ses gènes et l'insouciance qui soulève des montagnes... On pourrait décliner à l'envi ce qui différencie Justine de Kim; Kim de Justine mais commençons par le commencement.

1er set: l'enfance

Service Justine.

On n'échappe pas à son destin... Justine est née à Liège le 1er juin 1982, les quarts de finale de Roland Garros battent leur plein, Martina Navratilova remportera le tournoi. Autre hasard de la vie, les Henin emménagent bientôt à Rochefort, à quelques hectomètres du Tennis Club Local. Dans la famille, tout le monde pratique le tennis, ou presque et la petite Justine n'échappera pas à la règle même si elle pratiquera avec assiduité le football jusqu'à ses 12 ans. Dès quatre ans, elle frappe ses premières balles - avec une Donnay grise - et très vite, elle allie un don certain à une envie de jouer presque boulimique. Dès qu'elle trouve un mur, Justine frappe la balle, dès qu'un court se libère à Rochefort, elle le squatte. Très vite, ses parents, s'apercevant de ses dispositions, l'inscrivent au club de Ciney où elle passe entre les mains de différents entraîneurs avant d'entrer à la Fédération où Luc Bodart et Jean-Pierre Collot lui façonnent son jeu, son revers en particulier pour ce dernier.

Justine quitte un temps le sérail fédéral pour s'entraîner au TC Géronsart sous la férule de Gabriel Gonzales. Brillante dans son tennis, Justine n'oublie pas d'être une excellente élève, selon le souhait de sa maman, Françoise, qui était professeur de français. Le 26 mars 1995, c'est le drame: Françoise décède après avoir lutté une année durant contre le cancer. Justine n'a que douze ans et se promet de briller un jour sur le central de Roland Garros, pour sa maman.

Service Kim. Le Limbourg, terre de gueules noires, terre de sportifs... Et ce n'est pas rien de le dire dans le cas de Kim Clijsters. Née à Bilzen le 8 juin 1983, Kim Clijsters réside toujours à Bree, chez ses parents. Ses parents, parlons-en... Qui ne connaît pas Lei Clijsters, pilier hirsute du FC Malinois et des Diables rouges. Soulier d'or, vainqueur de la C 2 en 1989 contre l'Ajax d'Amsterdam, Lei est du genre solide, pas un fin technicien mais un gars qui à force d'abnégation - mais aussi de talent - a tiré le maximum de son potentiel. Kim a hérité de sa puissance et de son envie farouche de renverser les montagnes, fussent-elles très hautes. De sa maman, Els, championne de Belgique de Gymnastique, Kim a hérité de sa souplesse. Le grand écart en bout de course est devenu un grand classique chez Kim... Puissance et souplesse, voilà un cocktail détonnant pour un physique qui permet aujourd'hui à Kim de tenir tête aux sculpturales soeurs Williams.

Côté court, c'est à l'âge de six ans que Kim balbutie ses premiers coups droits, au Tennisdel de Genk. La jeune fille a d'évidentes dispositions et dès l'âge de neuf ans, elle est prise en main par Bart Van Kerckhove. A 11 ans, elle devient championne de Belgique minime et tellement convaincu que son élève deviendra membre du Top 10 mondial un jour, le mentor n'hésite pas à parier un casier de bière. En 1996, Kim rejoint le Tennis-Etudes de Wilrijk et c'est là qu'elle fait la connaissance de Karl Maes qui sera son coach jusqu'en 2002. En 1998, alors qu'elle n'a que quinze ans, Kim remporte le championnat de Belgique série A, face à Gaëlle Taton, pour la petite histoire. Cela ne fait désormais plus aucun doute, Kim est promise à une belle carrière!

2e set: le circuit

Service Justine.

1997 est une grande année pour Justine, le déclic! Elle remporte l'Orange Bowl, le championnat du monde des juniors et surtout, pendant que la Belgique entière n'a d'yeux que pour les exploits de Filip Dewuf, Juju s'impose sur la brique pilée parisienne. Cela ne fait plus aucun doute, l'avenir professionnel de Justine sera tennistique ou ne sera pas. Justine passe professionnelle et abandonne, la mort dans l'âme ses études alors qu'elle est dans la dernière ligne droite. Françoise aurait certainement aimé que sa fille termine sa rhéto mais Justine savait aussi que sa maman se serait inclinée devant ce qui apparaissait comme une évidence.

© La Libre Belgique 2003