PARIS Soyons clair: nous n'avons pas assisté, samedi, à une grande finale féminine. Ce fut mê- me l'une des plus médiocres de ces dernières années. Largement dominée par Anastasia Myskina, victorieuse 6-1, 6-2 en 59 minutes, elle ne répondit jamais à l'attente. On avait du mal pourtant à en vouloir à Elena Dementieva, tétanisée par l'enjeu, d'être passée complètement à côté de son match. Trop jolie, peut-être. Trop fragile, sûrement.

Gamines, pour ajouter un peu de piment à leurs parties amicales, les deux joueuses russes mettaient une pizza pour enjeu. Et, en général, c'est Myskina, plus solide mentalement, qui s'imposait. Cette fois, avec la Coupe Suzanne Lenglen pour enjeu, c'est le même scénario qui s'est produit. «J'étais sous pression et très nerveuse. Je n'ai jamais réussi à me libérer. C'est à peine si je voyais la balle. Ce n'était pas moi qui figurais sur le court!» expliqua Elena Dementieva, en pleurs lors de la conférence de presse.

Et c'est vrai que la blonde Moscovite est passée complètement à côté de cette finale, multipliant les fautes directes (33) et, surtout, les doubles fautes (10 en 7 jeux de service). A défaut de livrer une grande partie, Myskina, elle, fut plus bien plus solide et régulière (17 fautes directes et 5 doubles fautes). «J'étais concentrée et motivée. Ce n'était pas évident d'affronter, en finale, une amie que je connais depuis mon enfance. Mais j'ai réussi à faire abstraction de ces circonstances particulières. J'ai pleuré d'émotion avant le match. Cela m'a libéré!» expliqua la lauréate.

Pour bien jouer, Dementieva a besoin d'être en pleine confiance. Elle peut alors sortir son plus bel arsenal et notamment son merveilleux coup droit. C'est ce qu'elle avait réussi lors des tours précédents, éliminant notamment Smashnova, Davenport et Mauresmo. Mais samedi, pour sa première finale dans un tournoi du Grand Chelem, Elena était bien plus tendue encore que les cordes de sa raquette. Et elle loupa le rendez-vous avec la gloire, au point d'en être presque gênée. Seul son discours, dans un français presque parfait, lors de la cérémonie protocolaire, lui valut, samedi, les salves d'applaudissements du public. Maigre consolation.

C'est donc Anastasya Myskina, 22 ans, qui est devenue la première joueuse russe de l'histoire à s'adjuger un tournoi du Grand Chelem. Pour cette jolie demoiselle (1,74 m sous la toise, 59 kg sur la balance) au charme oriental et aux yeux verts dévastateurs, il s'agit d'une véritable consécration qui lui permettra de se hisser, lundi, à la troisième place de la hiérarchie mondiale, juste derrière Justine Henin et Kim Clijsters. Myskina, joueuse complète mais sans génie, avait certes déjà gagné sept titres sur le circuit WTA mais elle n'avait jamais pu dépasser les quarts de finale d'un tournoi du Grand Chelem. Et à Roland-Garros, son bilan était bien plus catastrophique avec une seule victoire en quatre participations!

Samedi, l'élève de Jens Gerlach, son coach allemand qui fut aussi son petit ami, a vaincu à la fois le signe indien et tous ses vieux démons. «Roland-Garros est mon tournoi préféré. Celui qui me faisait rêver lorsque j'étais petite. Jusqu'ici, je n'y avais jamais rien réussi de bon. Et voilà que je gagne le tournoi, c'est incroyable...» confia-t-elle, son beau trophée dans les mains.

© La Libre Belgique 2004