PARIS L'émotion n'était pas la même. Le contexte non plus. Il n'y avait, dans la tribune d'honneur, ni roi, ni reine, ni gouvernement au grand complet! Mais un an, presque jour pour jour, après le sacre historique de Justine Henin face à Kim Clijsters dans le simple dames, le court central de Roland-Garros avait retrouvé, samedi, ses couleurs belges. Drapeaux, bannières, casquettes: Olivier Rochus et Xavier Malisse furent encouragés, tout au long du match, par des centaines de supporters. «J'avais acheté mes places voici plusieurs mois dans l'espoir d'assister à une victoire belge dans le simple dames. Et me voilà avec une banderole à la gloire de Xavier et d'Olivier pour la finale du double!» souriait l'un d'eux, maquillé de noir-jaune- rouge!

Sous un soleil enfin revenu, l'ambiance était à la fête. Ni stress ni paillettes. Mais de la bonne humeur. Endormis par une finale féminine anesthésiante, les spectateurs eu- rent tôt fait de se réveiller à l'occasion de cette passionnante finale du double. Certes, les spectateurs français étaient largement majoritaires dans les tribunes. Mais, fussent-ils moins nombreux, les Belges leur offrirent une superbe réplique, donnant de la voix au moindre coup gagnant. Au point que, par instants, on se demandait qui jouait à la maison! «Le public a été incroyable. Il nous a poussés vers l'exploit!» souriait Xavier Malisse. Sur la balle de match, l'explosion de joie fut digne d'un but des Diables Rouges en Coupe du Monde. «Cela devient une habitude: les Belges s'offrent chaque année un trophée à Roland-Garros!» déclara, avec beaucoup d'humour et de sportivité, Fabrice Santoro lors de la cérémonie protocolaire. «Je suis, bien sûr, déçu d'avoir perdu. Mais, à tout prendre, je préfère m'incliner face à des potes plutôt que face à d'autres joueurs étrangers!» ajouta Michaël Llodra, très copain avec Olivier Rochus.

Ce dernier, très ému, ne fut pas aussi à l'aise devant le micro que sur sa ligne de fond de court. Pensez donc: on ne gagne pas tous les jours Roland-Garros! «Je suis déjà timide à la base. Imaginez, dès lors, si j'étais ému. Il m'est arrivé souvent, en écoutant de la musique dans la voiture, de m'imaginer sur le court central en train de parler après une victoire. Mais quand ça arrive, c'est évidemment très différent...» expliqua- t-il ensuite.

Le bonheur des deux champions belges faisait, en tout cas, plaisir à voir. Il était naturel. Il venait du coeur. «On joue ensemble depuis qu'on a dix ans. On a participé à toutes les compétitions minimes, cadets, scolaires pour l'équipe nationale. Malgré nos caractères différents, on est de grands amis dans la vie. Et voilà qu'on se retrouve avec une Coupe de Grand Chelem entre les bras. C'est magique!» confia Xavier Malisse, toujours incrédule.

Les deux joueurs ont quitté Paris avec des rêves plein la tête et un joli chèque dans la poche: 135.000 € chacun! Pour Olivier, c'est le plus gros prize money de sa carrière. «Je ne sais pas ce que je vais en faire. Acheter de jolis meubles pour mon nouvel appartement ou, peut-être, une voiture de sport...»

© La Libre Belgique 2004