Voici revenu le temps de Roland Garros, ces deux fameuses semaines durant lesquelles la terre battue se mesure aux blocus (de certains) ou au ciel ensoleillé (des autres). L'occasion en tout cas pour Pat Cash, le virevoltant joueur des années 80 de revenir sur le tennis contemporain qu'il observe avec passion depuis ses émissions pour CNN.

Interrogé par Rue89, il se montre néanmoins sévère quant à son sport, gangréné selon lui par la technologie, l'argent, la standardisation et bientôt... l'ennui.

L'ennuyeuse technologie...

Car pour Pat Cash, ce qui guette le tennis aujourd'hui c'est bel et bien la morosité. La faute à la technologie d'abord, qui rend « l'adresse moins essentielle ». Les raquettes sont hyper travaillées, les balles beaucoup plus lentes, et les différentes surfaces ont perdu de leur identité et donc de leurs différences. « Ça va trop loin, on enlève tout l’aspect 'toucher', c’est tout un pan du tennis qui disparaît. »

« Le tennis ne va pas aussi bien qu’on le croit » explique l'ancien joueur. « Sur les 100 meilleurs joueurs du monde, 90 jouent de la même façon. Exactement de la même façon. Les mêmes coups, le même style, la même stratégie. J’ai du mal à trouver des joueurs différents. Llodra, Federer, Stepanek, et qui d’autre ? Je regrette l’époque où chacun avait son style de jeu. »

« C’est pour ça que je dis qu’à mon avis, le sport ne va pas si bien que cela. Si on perd Federer, ce qui sera le cas bientôt, et si Nadal se blesse, alors les gens vont s’endormir. Ils éteindront la télé. »

...sauvée par des joueurs exemplaires et éloignés du dopage?

Heureusement, les trois joueurs qui restent à la tête du tennis mondial trouvent un peu de grâce à ses yeux.

« Djokovic, Federer et Nadal sont une chance pour le tennis. Djokovic est drôle, Nadal est classe, Federer a du respect pour tout le monde. C’est bien. Bon, ça manque un peu de 'Fuck you !' »

Quant au dopage, l'Australien n'en voit pas. Le tennis est même « clean » selon lui. « C’est curieux d’ailleurs, car c’est le sport parfait pour se doper. Mais c’est juste que le tennis, ça fait pas partie de ces sports où l’on se dope. Il n’y a pas la culture du dopage, je ne pense pas. »

Et c'est vrai, on est sans doute bien loin de ses années 80, époque où beaucoup de joueurs ont « fini cramés à 30 ans : Borg, McEnroe, Wilander, Becker, même Edberg. »

« Quand on a d’autres centres d’intérêt, ça vous éloigne du tennis. Nous, on allait aux concerts de rock, on sortait ensemble, on allait en boîte après les tournois, on buvait des coups. On était sérieux hein, on s’entraînait autant ! Mais on prenait aussi le temps de profiter de la vie. »

« Les joueurs ne font plus ça. Je pense que la plupart n’ont rien d’autre que le tennis. C’est pas mieux ou moins bien, c’est juste différent. Ce sont de supers modèles pour les jeunes tennismen, de supers ambassadeurs. »