Une joueuse de tennis de 30 ans qui croit que le meilleur est encore à venir, que sa carrière pourra connaître une nouvelle embellie, est soit naïve, soit inconsciente. Pourtant Mary Pierce ne souffre pas de ces défauts. Elle y a cru et elle a eu raison. Son palmarès où brillent un titre à l'Open d'Australie en 1995 et un sacre à Roland Garros en 2000, n'est peut-être que provisoire. Car la voilà propulsée dans la première demi-finale de l'US Open de sa carrière, après une victoire catégorique 6-4, 6-1 sur Amélie Mauresmo, tête de série numéro 3, en quart de finale à Flushing Meadows mercredi. Elle disputera une place en finale à la Russe Elena Dementieva, duel qui anticipe de 10 jours la finale de la Fed Cup. A son propos, on ne jurera plus de rien.

Il ne s'agit pas de simples résultats alignés. Car Pierce y met la manière. Son adversaire malheureuse mercredi en convenait. «Quand Mary joue ainsi, elle est capable de battre n'importe qui», déclarait Amélie Mauresmo. Et les observateurs américains, qui n'ont jamais totalement cru au changement de nationalité de Pierce, abondent dans ce sens: «Elle a acquis un gros service qui fait mal et qui en plus est régulier, elle se déplace bien, et elle sait conclure avec adresse au filet», a commenté Tracey Austin, qui avait remporté le titre en 1979.

Un tel retour n'est pas chose courante, surtout dans le tennis féminin. C'est que l'on y vieillit vite. On prend sa retraite de plus en plus tôt. Kim Clijsters n'a-t-elle pas annoncé son départ des courts pour la fin 2007 à seulement 24 ans? On pense à Jennifer Capriati, talent précoce comme Pierce, gagne-pain et souffre-douleur d'un père avide de dollars et sévère au-delà du seuil du supportable, comme Mary. Capriati a même abandonné provisoirement le métier, ne jouant qu'un match en deux saisons en 1994 et 1995. Elle avait repris en 1996 mais devait attendre 2001 avant de gagner son premier titre majeur, empochant finalement trois victoires en Grand Chelem.

Moins spectaculaire, mais peut-être plus proche de l'exemple Pierce, fut le cas Steffi Graf, l'Allemande revenant de nulle part pour être couronnée à Roland Garros après deux saisons où, blessée, elle n'avait joué que quatre des huit tournois majeurs et n'y avait jamais dépassé un quart de finale. Graf avait alors 30 ans, comme Mary Pierce.

Pierce n'est jamais partie, mais elle s'est trouvée sur la touche pendant une bonne partie de la saison 2001 à cause de problèmes lombaires. Ensuite, victime des kilos en trop, elle avait du mal à retrouver son efficacité. Au début de l'année elle avait encore subi d'entrée une défaite pitoyable à l'Open d'Australie face à Stéphanie Cohen-Aloro.

L'organisation mise en place pour y remédier inclut son frère David comme entraîneur, Xavier Moreau comme préparateur physique, et le vieux «gourou» Nick Bollettieri son ancien coach qui la connaît depuis presque 19 ans, comme conseiller émérite, auxquels vient s'associer son père.

La présence de Jim Pierce est symbolique d'une réconciliation tissée au fil des ans et complète ce «groupe de soutien», comme le surnomme Bollietteri. C'est au sein de cette deuxième famille que Pierce a forgé une santé, acquis un souffle, et peaufiné un jeu qui conserve la simplicité initiale de ses frappes de jeunesse mais qui ajoute un service de plomb, des montées régulières au filet, et un déplacement tellement meilleur que Pierce est méconnaissable dans les échanges soutenus, dans ses courses aussi bien vers l'avant que sur les côtés.

Pour Amélie Mauresmo, le retour de Pierce, une copine avec laquelle elle jouera la finale de la Fed Cup face aux Russes le 17 et 18 septembre à Roland Garros, a quelque chose de cruel. «J'ai toujours eu du mal contre les filles qui, d'un premier coup, arrive à me mettre la pression», a déclaré Mauresmo.

Mauresmo sait faire beaucoup de choses. Mais de coup qui tue, elle n'en a point. Cela pourrait s'avérer être la raison, avec sa nervosité, pour laquelle elle ne rejoindra jamais sa copine dans le club des vainqueurs en Grand Chelem.

© Les Sports 2005