Portrait

Nikolay Davydenko est l’homme en forme de ce début de saison. Après avoir terminé 2009 en remportant le Masters de Londres, le n°6 mondial a impressionné à Doha en battant, successivement, Roger Federer en demi-finale, puis Rafael Nadal en finale.

Seul l’Argentin David Nalbandian avait réussi à battre à deux reprises les deux joueurs dans le même tournoi. Deux talents indéniables, tous deux 28 ans, qui n’ont jamais remporté une levée du Grand Chelem.

Cela fait déjà 55 mois, soit 4 ans et demi que le Russe a un siège à son nom dans le "Top 10".

Annoncé sur le déclin en 2009 où il est sorti durant trois mois du "Top Ten" (27 avril- 20 juillet), le tsar russe de 28 ans n’a pas encore abdiqué. Son retour au premier plan en fait même un candidat très sérieux pour l’Open d’Australie. Néanmoins, les chiffres ne plaident pas en sa faveur. En 34 participations à une levée du Grand Chelem, il court toujours derrière sa première finale. Pire, en huit participations à Wimbledon, il n’a jamais atteint les quarts de finale.

Sa victime de Doha, Nadal, de cinq ans son cadet, vole à son secours. "Si lui ne peut pas gagner un Grand Chelem, alors il n’y a pas grand monde qui peut. Il lui manquait quoi avant ? De battre Federer ? Il vient de le faire deux fois de suite. De gagner un très grand tournoi ? Avec le Masters à Londres, il vient de gagner le plus grand tournoi après les levées du Grand Chelem. Cela a pu débloquer quelque chose chez lui."

Par le passé, Davydenko se plaisait à rappeler que son objectif restait de gagner le plus d’argent possible. Bref, il concoctait son calendrier en fonction des "prize money". Il était capable d’arriver complètement "cuit" avant une quinzaine de "Major".

Aujourd’hui, l’homme a mûri. Le joueur vénal a laissé entendre qu’il avait changé de philosophie. "Maintenant, l’argent n’est plus mon principal moteur. J’en ai assez."

Le Russe n’a pas la musculature d’un Nadal, ni le charisme d’un Federer, encore moins le service d’un Roddick. Il s’appuie plus sur son expérience. Une expérience qui l’aide lors des matches en deux sets gagnants. "Il n’est peut-être pas aussi fort en trois sets gagnants", souffle Roger Federer. "Il a un style très exigeant et risqué. Cela lui demande énormément de concentration et de travail. En Grand Chelem, un joueur a besoin de gagner des points moins coûteux. Puis, il a parfois des trous en Grand Chelem, des sales défaites."

Atypique à plus d’un titre, l’une des nouvelles bêtes noires de Rafael Nadal dérange sur le circuit. Il y eut d’abord cette sombre affaire de matches truqués. L’étiquette ne s’est jamais réellement décollée de son front même s’il a été tout à fait blanchi par l’ATP.

Rétroacte. Davydenko avait été mêlé à une affaire de corruption sur des paris en ligne pour un match disputé fin juillet 2007, à Sopot face à l’Argentin Martin Vassallo Arguello. "Je suis heureux que l’enquête soit terminée et je ressens un certain soulagement. J’espère qu’il n’y aura plus d’horreurs et d’absurdités écrites ou dites à propos de moi. Cependant, je ne suis pas satisfait du résultat. J’ai le sentiment de ne pas avoir été mis hors de cause. Mes managers et mes avocats travaillent toujours sur cette affaire."

Davydenko vit à contre-courant. A l’heure où un joueur est entouré d’un entraîneur, d’un préparateur physique, d’un kiné, d’un coach mental, de sa petite amie ou de sa femme, voire de ses enfants, le Russe voyage seul. "J’ai donné congé à mon grand frère et coach Eduard à Doha. Comme quoi, j’ai un grand cœur. Il est revenu pour l’Open d’Australie."

A Doha, il était bien accompagné. Sa femme qui ne connaît rien au tennis, l’a porté vers le succès. "Vous n’aimez pas être avec votre femme, vous ?" lance-t-il avec un léger rictus à l’encontre des journalistes. "Les seuls coaches qui peuvent m’aider, ce sont mon frère ou ma femme. Elle me rend heureux, ce qui améliore mon jeu."

Peu coutumier des discours aseptisés, il ne rate jamais l’occasion de remettre son interlocuteur à sa place. "Je ne suis pas comme les joueurs français qui changent de coach tous les mois. Moi, je ne suis qu’un pauvre Russe."