Il fut numéro un mondial pendant 276 semaines. Soit plus de cinq ans, et surtout six fois en fin de saison. Mieux que tous ses illustres prédecesseurs, tels Bjorn Borg, John McEnroe ou encore Andre Agassi, même si ce dernier peut encore améliorer ce record.

Pourtant, malgré une carrière phénoménale, comprenant notamment quatorze succès en Grand Chelem, dont sept uniquement à Wimbledon (de 1993 à 2000, avec une seule absence en 1996), Pete Sampras n'a jamais fait l'unanimité autour de sa personne. La faute à un manque de charisme initial, un manque d'image médiatique qu'il a cependant progressivement réussi à améliorer du haut de son «petit» mètre 85. Mais, au niveau de l'envergure et du talent, il n'y a jamais eu photo. «Pistol Pete» était un diamant à l'état pur, comme on n'en voit généralement qu'un par décennie. Plus précisément au niveau du service-volée, technique qu'il maîtrisait à la perfection.

Ce qui lui permit de remporter 64 titres dans sa carrière, le situant immédiatement derrière Jimmy Connors (109), Ivan Lendl (94) et John McEnroe (77).

Avec sa retraite consommée ce lundi, à l'occasion de l'ouverture de l'US Open, l'itinéraire de ce parfait monstre sacré du tennis sera on ne peut mieux bouclé. C'est en effet là, en 1990, qu'un long et agile jeune homme de 19 ans paré de tous les dons remporta son premier tournoi du Grand Chelem. C'est aussi là qu'il remporta sa dernière victoire, la vingtième en trente-quatre rencontres forcenées avec Agassi, l'année dernière.

A tous ceux qui pensaient qu'il était fini, il venait obstinément de rabaisser le caquet après deux années blanches. Ensuite, la motivation lui manqua et sa carrière ne cessa de s'effilocher, avant d'aboutir à l'inévitable adieu.

Reste à lui trouver une place dans le gotha du tennis.

Ici ressurgit la sempiternelle question de le mesurer à l'Australien Rod Laver, auteur de deux Grand Chelem en 1962 et 1969. De Grand Chelem, chez Sampras, point. Même d'une année sur l'autre. Entre fin 1993 et début 1994, qui fut sa meilleure période, il remporta bien Wimbledon, l'US Open et Melbourne, mais trébucha en quarts de finale à Roland Garros, qui fut toujours la terre de son calvaire et où il ne fut jamais mieux que demi-finaliste, en 1996, en treize participations. Toutefois, du temps de Laver, le gazon poussait dans les trois autres tournois majeurs. Alors que Sampras a dû s'adapter à quatre surfaces différentes face à des adversaires en rangs plus serrés.

Il avait neuf ans quand Peter Fischer prit sous sa coupe ce troisième des quatre enfants de Soterios et Georgia Sampras, d'origine grecque. Excellent pédiatre, il lui inculqua que le talent n'est rien sans travail, lui apprit à masquer son extrême timidité et lui passa en boucle des vidéos de son idole (Laver...) pour qu'il s'imprégnât de son jeu. A quatorze ans, Sampras fut sommé de lâcher une main de sa raquette en revers pour stimuler son humeur offensive. Trois ans plus tard, il passa une semaine chez le bourreau de travail qu'était Lendl. Il en ressorti édifié et moins disposé que jamais à se laisser aller à la facilité.

D'une froide sobriété sur les courts, il n'était pas non plus d'une chaleur extrême dans la vie. Courtois et distant au point d'en paraître fade. Rien d'une star tapageuse, mais jaloux de son rang et des prérogatives aristocratiques qui s'y attachaient, comme ont pu l'éprouver ceux qui parvenaient à le battre du temps de sa splendeur et devaient s'apprêter à recevoir une sévère raclée à la prochaine rencontre.

De la multitude d'images qu'il a laissées, on retiendra celle de sa victoire sur Jim Courier en quarts de finale à Melbourne, en 1995, alors que, en larmes, il venait d'apprendre que son entraîneur et l'un de ses rares amis, Tim Gullikson, venait d'être emporté à l'hôpital d'une tumeur au cerveau. Et aussi celle de sa septième victoire à Wimbledon, qui lui donna le record des triomphes dans les tournois du Grand Chelem au tournant du millénaire.

Marié depuis le 30 septembre 2000 à une starlette nommée Bridgette Wilson, père d'un petit garçon prénommé Christian Charles né le 21 novembre 2002, les 43,28 millions de dollars qu'il a amassés au cours de sa carrière ne sont que menue monnaie auprès de ce que lui ont rapporté ses contrats publicitaires. Il va pouvoir désormais jouer au golf à son aise et aller encourager religieusement les Los Angeles Lakers en basket. Une belle retraite...

© La Libre Belgique 2003