ENVOYÉ SPÉCIAL À MELBOURNE

Qui pourra priver Roger Federer (ATP 1) d'un deuxième sacre consécutif à l'Australian Open? Marat Safin (ATP 4)? Lleyton Hewitt (ATP 3)? Personne peut-être, en fait. Mardi soir, le tenant du titre a ainsi étalé toute sa classe pour se débarrasser avec insolence de l'immense champion qu'est Andre Agassi (ATP 8). Dans la Rod Laver Arena, le Suisse n'a laissé aucune chance à l'ancien quadruple lauréat, s'imposant 6-3, 6-4 et 6-4 pour se hisser en demi-finales. «J'ai toujours pris le meilleur départ dans chacun des sets, ce qui m'a permis d'évoluer avec beaucoup de confiance. J'ai le sentiment d'avoir vraiment bien servi, ce qui, pour moi, a fait la différence. Andre retourne tellement bien et frappe tellement fort du fond du terrain qu'il est très difficile de construire le point comme on le voudrait. J'ai dès lors principalement essayé de contre-attaquer. A l'arrivée, j'ai livré un match fantastique pour gagner en trois sets.»

C'est la marque des tous grands. Roger Federer, qui ne s'était pas montré particulièrement impressionnant depuis le début du tournoi, aura parfaitement réussi à hausser le niveau de son tennis pour franchir l'écueil représenté par l'Américain. Se montrant impérial au service et dégainant des coups de fond d'une précision horlogère, le petit génie de Bâle est apparu, en fait, tellement supérieur à son adversaire qu'il ne donna même pas l'impression d'avoir dû sortir le grand jeu pour s'imposer. «J'ai le sentiment d'avoir tellement dû me concentrer que cela ne m'a pas vraiment permis de savourer ma performance. Il n'empêche, c'est toujours un plaisir de jouer contre Andre. Je peux tout à fait comprendre que le public ait été derrière lui. Il a gagné le tournoi bien plus souvent que moi. Il fait partie des meubles ici, sourit le Suisse, qui retrouvera Marat Safin, jeudi soir, pour une place en finale. Je m'attends à un match très difficile. Il a un gros service et il est en forme. Mais bon, je m'attends toujours au pire.»

Agassi, c'est pas fini

Pour Andre Agassi, la pilule était dure à avaler. Dernier monstre sacré d'une fabuleuse génération, l'ex-n°1 mondial rêvait d'un nouveau triomphe sur ce Rebound Ace de Melbourne Park qui lui a tant souri durant sa carrière. S'il était bien conscient qu'à près de 35 ans le temps ne représentait plus spécialement son meilleur allié, il ne s'imaginait pas recevoir une pareille leçon de tennis. «Cette défaite est dure à avaler. Ma seule chance se situait dans les frappes revers contre revers. Cela ne me laissait malheureusement pas beaucoup d'espace pour placer la balle face à un adversaire qui se déplace si bien. C'est décevant. Je n'ai pas bien exécuté mes coups en début de chaque set pour me donner une possibilité d'entrer dans la partie. Et lorsque je ne suis pas dans un match, je peux apparaître très moyen. J'aurais voulu que cette soirée soit mémorable. A l'arrivée, elle sera à oublier au plus vite...», conclut-il sans pouvoir assurer s'il reviendrait l'année prochaine.

© Les Sports 2005