Roger Federer (ATP 1) a quitté, dimanche soir, le stade Qi Zhong de Shanghai après avoir décroché un troisième titre au Masters. Le Suisse de 25 ans, qui règne sans partage sur le tennis masculin depuis 147 semaines, venait d'humilier James Blake en finale, pour boucler en "Superman" une phénoménale saison 2006 marquée du sceau de douze titres dont trois levées du Grand Chelem.

"Cela a vraiment été une année exceptionnelle", expliqua-t-il. "Je n'ai pas de mots pour décrire cette saison. Je pense que j'aurais difficilement pu faire mieux. J'ai fait en sorte de me donner les meilleures chances à chaque tournoi. Je suis content d'avoir survécu à cet automne, avec notamment Tokyo, la Coupe Davis et tout ça. Conclure par une victoire au Masters est le meilleur épilogue que je pouvais donner à cette incroyable saison. J'espère que cette domination va se poursuivre encore un petit moment..."

"Ne parlons pas encore d'histoire. Il continue de l'écrire...", disait un slogan publicitaire pour une grande marque de montres au sujet du Bâlois au tennis d'une précision... horlogère à Roland Garros. Né pour le tennis comme Mozart le fut pour la musique, Roger Federer est un virtuose raquette en main qui, avec déjà neuf tournois du Grand Chelem et 45 titres à son actif, semble bien parti pour devenir le meilleur joueur de tous les temps. Vainqueur de 92 matches et en finale, au minimum, de 16 des 17 tournois qu'il disputa, il a encore repoussé ses limites cette année. La question, dès lors, est de savoir s'il pourra faire mieux la saison prochaine ?

"Il ne sera pas évident de maintenir cette domination", poursuivit-il. "J'ai dû jouer plus de 90 grands matches pour gagner, et cela use. Voyager est également fatigant mais j'espère pouvoir continuer et rester en bonne santé. J'attends avec impatience de relever le défi en 2007."

Seul un joueur, Rafael Nadal (ATP 2), qu'il retrouve à Séoul pour une exhibition ce mardi avant de goûter à des vacances bien méritées, a empêché Roger Federer de réaliser la meilleure saison de toute l'histoire du tennis. Si l'Espagnol ne l'avait pas battu à quatre reprises, et notamment en finale de Roland Garros, le numéro un aurait amélioré le meilleur bilan annuel affiché par John McEnroe en 1984 avec 82 victoires et 3 défaites, et il aurait également bouclé le premier Grand Chelem depuis son idole Rod Laver en 1969. Même si à 25 ans, il donne déjà l'impression de se battre plus contre des légendes que contre ses contemporains, le niveau général du tennis masculin est tel que le Bâlois ne pourra se reposer sur ses lauriers.

"Je vais essayer d'améliorer ma volée et de jouer de façon un peu plus agressive", a ainsi expliqué Rafael Nadal. "Je suis content de mes progrès mais je vais continuer à m'améliorer", ajouta-t-il, tandis que James Blake, finaliste à Shanghai, a glissé que tous allaient "partir à la poursuite de Roger. Ce n'est pas un secret, il domine de la tête et des épaules tous les autres. Ce sera extrêmement compliqué de le détrôner".

Véritable ambassadeur de sa discipline, le Suisse en est bien conscient, plaçant l'Ecossais Andy Murray (ATP 17), qui le battit à Cincinnati, le Tchèque Tomas Berdych (ATP 13), le Serbe Novak Djokovic (ATP 16) et le Français Richard Gasquet (ATP 18) parmi les talents en devenir. "Ils ne sont pas très loin du haut niveau et ont sans doute besoin d'une année supplémentaire pour viser le top. Mais dans cette génération, le plus doué est Nadal. A 20 ans, il a déjà deux titres du Grand Chelem en poche", sourit le numéro un qui, lui, dut attendre 21 ans et 11 mois avant de décrocher son premier, à Wimbledon, en 2003.

Vivement l'Australian Open !

© La Libre Belgique 2006