NEW YORK Flushing Meadow avait retrouvé un beau et généreux soleil, dimanche. Cela changeait de la veille. Il a, en effet, flotté un petit parfum de Wimbledon, à l'US Open, samedi. Non, le célèbre gazon britannique ne s'était pas soudainement mis à pousser sur le ciment américain mais c'est tout simplement la pluie, passagère clandestine de nombreuses levées du Grand Chelem, qui a fait son apparition dans le ciel de New York, aux alentours de 16 h.

Si certains spectateurs avaient prévu le coup, en apportant leur parapluie, d'autres habillés en tee-shirt et bermuda se retrouvèrent littéralement le bec dans l'eau, ne possédant d'autre solution que d'aller se réfugier sous les tribunes du stade Arthur Ashe ou dans l'un des restaurants du complexe. La situation, cela dit, n'était pas encore similaire à celle d'un certain vendredi 30 août 1985. Ce jour-là, c'était carrément l'apocalypse qui s'était abattue sur l'US Open. Une petite tornade avait ainsi frappé Corona Park, le site de Flushing Meadow, emportant tout sur son passage. Arbres arrachés, stade Louis Armstrong noyé sous une vingtaine de centimètres, cascades dans les gradins, tentes envolées, c'était un spectacle de fin du monde qui s'était offert au malheureux public présent.

Si à Roland-Garros et à Wimbledon, les employés du tournoi tirent immédiatement les bâches à l'heure des averses pour leur éviter de prendre l'eau, la technique utilisée à l'US Open est toute différente. Qu'ils aient encore une quinzaine de matches à faire disputer ou qu'il ne reste qu'une balle à jouer, comme ce fut le cas pour Jonas Björkman dans son troisième tour contre Karol Kucera, les organisateurs ne se font pas de bile et attendent tranquillement que les dernières gouttes de pluie aient cessé de tomber pour intervenir.

De l'huile sur le Grandstand!

C'est une fois l'averse terminée que le vrai spectacle commence. Une véritable armada de nettoyeurs envahit effectivement chacun des terrains au pas de course. Leur mission est simple et claire. Il faut assécher le court qui leur est assigné en un minimum de temps. Si certains, comme ceux chargés du stade Arthur Ashe, du stade Louis Armstrong et du Grandstand, peuvent bénéficier de l'aide d'une machine spéciale, genre d'aspirateur aquatique qui attire l'eau comme un aimant une aiguille, avant de terminer les recoins à l'aide d'essuies, d'autres doivent carrément le faire à l'huile de bras, poussant des rouleaux et des raclettes.

Parfois, cela dit, cela peut avoir ses avantages. Samedi soir, en effet, la machine asséchant le Grandstand perdit malencontreusement de l'huile pour rendre le court sur lequel était supposée se produire Justine Henin totalement impraticable. Il fallait les voir, les Américains, jeter de l'eau, puis amener de la sciure de bois rouge et du savon liquide pour tenter de faire disparaître l'auréole, suscitant l'hilarité générale et faisant place aux commentaires les plus ironiques. À l'heure des missions spatiales, des opérations à coeur ouvert et d'Internet, le spectacle avait, il faut bien l'avouer, quelque chose de surréaliste. Incroyable Amérique qui n'a pas encore trouvé un moyen plus moderne pour évacuer l'eau d'un court de tennis!

Entre-temps, cette interruption de trois heures en raison de la pluie a généré une ambiance toute particulière à l'US Open. Les organisateurs envoyant des matches sur tous les terrains, histoire de rattraper le temps perdu, le public de la session de jour se rua sur courts annexes, tandis que celui de la session de nuit, en col et cravate, affluait pour prendre sa place dans le stade Arthur Ashe. Bref, Flushing Meadow généra une véritable Saturday Night Fever où tout le monde en eut pour son argent. Aux Etats-Unis, c'est tout ce qui compte...

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