MELBOURNE La joie était tronquée, mais le bonheur n'en aura, en fin de compte, pas été moins intense. À 26 ans, Amélie Mauresmo a enfin décroché sa première levée du Grand Chelem. Sept ans après sa première finale perdue contre Martina Hingis ici même à Melbourne, elle tenait finalement le trophée qu'elle convoitait depuis si longtemps.

«J'ai dû attendre si longtemps que je ne sais pas quoi dire », confia-t-elle, émue, au public au moment de recevoir son trophée. «Pourtant, j'ai eu le temps d'y penser, sourit-elle. J'ai peut-être trouvé ma voie. J'ai moi-même connu pas mal de déceptions, mais j'ai travaillé dur et la roue a fini par tourner. Tout est bien qui finit bien...»

Considérée comme l'une des tenniswomen les plus douées de sa génération, dotée elle aussi d'un superbe revers à une main et d'un toucher de balle d'orfèvre, Amélie Mauresmo a longtemps traîné derrière elle une réputation de joueuse fébrile qui avait tendance à craquer sous la pression liée à l'importance de l'enjeu. Souvent placée, mais rarement gagnante, elle a toutefois acquis une nouvelle dimension en remportant en novembre dernier le Masters de Los Angeles, un sacre qui lui apporté la confiance et l'assurance pour se transcender à l'Australian Open.

«Je n'ai pas envie

de polémiquer»

«Je pense que si je me trouve ici avec ce trophée à mes côtés, c'est parce que j'ai appris de mes expériences passées, tiré les leçons de mes échecs, et gagné en maturité », expliqua la Française, qui allait garder en souvenir la caricature du quotidien The Age qui la représentait comme une éternelle perdante. «Je me suis prouvée en gagnant à Los Angeles que j'étais capable de battre les meilleures joueuses du monde dans un grand tournoi, ce dont je n'étais peut-être pas certaine avant. Chaque pièce du puzzle s'est mise à sa place à mon rythme et aujourd'hui, je dirais que je suis récompensée de ma persévérance. Tout mis bout à bout a fini par payer...»

Amélie Mauresmo, il faut bien le reconnaître, n'aura pas volé son sacre, même s'il a été obtenu par un heureux concours de circonstances, trois de ses victoires ayant été conquises suite à des abandons de ses adversaires. La Picarde était, d'ailleurs, occupée à livrer le match parfait dans cette finale lorsque Justine Henin a appelé le médecin en début de deuxième set, avant d'abandonner quelques minutes plus tard.

«En français, on dit que le malheur des uns fait le bonheur des autres. J'avoue qu'en ce qui me concerne, je n'avais rien remarqué de particulier à son sujet. J'étais concentrée sur ce que je devais faire et je trouvais que j'étais en train de pratiquer du grand tennis. J'avais livré un grand premier set et je sentais que c'était mon jour. Peut-être que les nerfs l'ont affectée aussi », poursuivit-elle, ne désirant pas polémiquer sur l'abandon de son adversaire. «Je n'ai pas envie de faire de commentaires à ce niveau-là. C'est à vous de donner la définition du fair-play. Il se peut que si le match avait été plus équilibré, elle aurait peut-être continué. Je ne m'avance pas trop en disant cela, mais je n'ai pas envie de polémiquer.» La Française, il est vrai, désirait, avant tout, savourer son sacre. OEnologue avertie, elle comptait le faire pleinement à son retour chez elle, à Genève, en ouvrant un grand cru datant de... 1937, qu'elle partagera en compagnie de ses amis les plus chers.

«Il s'agit d'un Château d'Yquem. J'ai acheté cette bouteille il y a trois, quatre ans et je me suis dit que j'allais la garder pour le jour où je remporterais ma première levée du Grand Chelem », confia-t-elle, concevant que la boucle était en quelque sorte bouclée. «Il y a sept ans, j'ai disputé ma première finale ici et, ensuite, je m'étais fixée trois objectifs. Les deux premiers, la Fed Cup et la place de numéro un sont arrivés après un certain temps, et le troisième, une victoire dans une levée du Grand Chelem, a mis encore un peu de temps. Le reste, maintenant, sera du bonus...»

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