Stefanos Tsitsipas a mis de longues secondes à répondre aux questions de Marion Bartoli sur le terrain, quelques minutes après son succès en demi-finale contre Alexander Zverev 6-3, 6-3, 4-6, 4-6, 6-3. Les yeux humides, le regard perdu dans le film de son match, le premier Grec à se hisser en finale d’un Grand Chelem était submergé par l’instant.

Il songeait certainement à ce premier jeu miraculeux du 5e set. Après avoir survolé les deux premières manches et avoir offert les deux suivantes à l’Allemand, il était mené 0-40 sur son service avant d’aligner cinq points et de sortir de cette spirale sombre. "J’ai puisé mon énergie en me souvenant de mes origines et de mes racines", expliquait-il. "Ce premier jeu du set décisif a été capital. Je suis resté en vie. Je voulais juste continuer à croire en mon rêve."

La 5e manche a été un festival de cadeaux des deux côtés du filet. Zverev a été le plus généreux au final. Le finaliste de l’US Open pouvait nourrir des regrets car son rival pour la prochaine décennie était loin d’être intouchable.

Le Grec a conscience qu’il devra hausser son niveau de jeu pour soulever le trophée des Mousquetaires. Face à un habitué des grandes finales, il n’aura pas le droit à un passage à vide d’une heure et demie. Il devra sans cesse chercher les lignes et les angles en étant agressif sur chaque point. Il lui faudra soigner sa première balle de service et monter au filet dès la première demi-opportunité. Bref, il lui faudra sortir le match parfait, ce qui ne fut pas le cas contre Zverev.

Ajoutez-y le stress d’une première finale de Grand Chelem.

"Roland Garros est un tournoi historique", narre le compatriote de Maria Sakkari. "C’est un événement que je regarde à la télévision depuis que je suis petit."

À 22 ans, c’est à son tour d’être regardé par toutes les générations de Grèce et d’ailleurs. Il a encore le temps de marquer durablement le tennis de son empreinte. "Je n’ai jamais vraiment pensé à quel âge je disputerais ma première finale en Grand-Chelem", dit-il. "Mais, je suis vraiment content de moi. Je pense avoir fait preuve de bonne discipline jusqu’à présent."

Ivre de joie, il veut contenir ses émotions jusqu’à la dernière balle de la finale. "C’est la première étape. Je n’ai pas encore été au bout du chemin. Le défi sera extrêmement physique. La concentration devra être totale à chaque seconde. L’engagement aussi. J’ai hâte de relever ce défi."


Alexander Zverev : "Sortir un bon match et perdre ne me satisfait plus"

Alexander Zverev a laissé filer sa demi-finale alors qu’il s’était frayé un chemin en effaçant les deux sets de retard. "Sortir un grand match ne me satisfait plus", commençait, dépité, l’Allemand qui avait l’occasion de filer en finale d’un Grand Chelem en évitant le Big Three. "J’ai perdu. Je ne suis pas en finale. C’était un bon match ? Oui. Mais à la fin de la journée, je vais rentrer chez moi. Il n’y a rien de positif à ce sujet. Cela peut sembler arrogant d’une certaine manière, mais j’exprime juste ce que je ressens. Je me serais moqué d’une défaite en finale. Seul le titre m’intéresse. Wimbledon commencera dans deux semaines. J’attends ce début avec impatience." L’Allemand est revenu sur le tournant du match. "J’ai commencé à jouer correctement au tennis dans le troisième set. C’est trop tard contre un joueur comme Stefanos. Si je prends le premier jeu du 5e set, le match peut être différent. Je retiendrai surtout les deux premières manches. Cela ne peut pas arriver."