Personne ne l’attendait à pareille fête, surtout au vu du tableau corsé qui se dressait devant elle à Madrid, pourtant, Aravane Rezaï a franchi tous les obstacles. Sur la terre battue espagnole, la jeune Française d’origine iranienne a écarté tour à tour une certaine Justine Henin, Jelena Jankovic et Venus Williams, soit trois anciennes reines du circuit. Coup d’éclat ou non, ce résultat a fait naître de nouvelles attentes chez les amateurs de tennis de l’Hexagone à une semaine de Roland Garros. Ce dimanche, Porte d’Auteuil, les regards seront aussi tournés vers cette prometteuse joueuse de 23 ans.

"Elle a cette violence à l’intérieur qu’elle sait faire ressortir quand il le faut et qui est sa force, sa marque de fabrique." Patrick Mouratoglou, l’entraîneur à succès (de Marcos Baghdatis notamment) qui s’occupe depuis 2009 de Rezaï, connaît très bien le parcours atypique qu’a suivi la jeune Aravane.

Née à Saint-Etienne, elle est issue d’une famille iranienne. Le père, Arsalan, mécanicien, s’est mué en coach de tennis dès qu’Aravane s’est mise à la petite balle jaune, à sept ans. Par manque de temps et de moyens, Arsalan emmène sa fille le soir sur des courts de tennis dont l’éclairage provient des phares de la voiture familiale. "C’était une vie complètement hors normes et extrêmement difficile et le mot est faible, ajoute Mouratoglou. Ils n’ont jamais été aidés, ils ont toujours été seuls et je pense qu’elle a vraiment vécu des choses que pas grand monde n’a vécues. C’est vrai que si on arrive à surmonter ça, on devient une force majeure."

Rezaï travaille en marge de la Fédération française de tennis (FFT), ce qui ne l’empêche pas de démontrer des qualités évidentes. Ainsi, elle atteint la finale des championnats de France des catégories 13-14 ans et 15-16 ans. Mais ce n’est "qu’en" 17-18 ans qu’elle décroche le titre national.

Mais outre son talent indéniable, un autre attribut de la jeune joueuse retient l’attention : sa propension, ainsi que celle de son père, à s’emporter et à manquer de respect envers ses adversaires. Lors de sa finale gagnée, Aravane refuse de serrer la main de sa rivale et Arsalan, lui, se voit reprocher des violences verbales à l’égard de la famille de la finaliste malheureuse. Après ces incidents, en 2004, la FFT prive la joueuse de tout accès au tournoi qu’elle organise pendant un an.

Son mental, forgé dans la sueur et l’adversité, restera longtemps son point faible et l’influence de son père sera souvent pointée du doigt par les responsables du tennis français. Trop souvent trahie par ses émotions, Aravane semble avoir trouvé la clef pour utiliser sa colère, sa rage plutôt que d’en être le sujet.

Sa véritable entrée dans le circuit féminin, en 2006, ne passera pas inaperçue. En effet, après quelques tournois ITF anonymes, c’est à Roland Garros qu’elle effectue ses débuts dans le grand bain et son accession en seizièmes de finale fera d’elle la coqueluche du public français. Dans la foulée, elle atteint les huitièmes de finale de l’US Open et confirme qu’elle joue désormais dans la cour des grandes. 186e en début de saison, Rezaï termine l’année dans le "Top 50".

Alors que 2007 devait être l’année de la confirmation, "Fleur violette" - la traduction de son prénom en persan - perd de son éclat. Hormis un seizième de finale à Wimbledon, la saison se révèle décevante et la Française retombe à la 80e place mondiale. Malgré une bonne entame, 2008 ne constituera pas le renouveau attendu, notamment suite à une intervention chirurgicale au nez.

Alors qu’elle se retrouve à la limite du "Top 100", cette droitière de 163 cm pour 60 kg renoue avec les bons résultats. Une demi-finale à Auckland d’abord, mais surtout un premier succès dans un tournoi WTA, à Strasbourg, juste avant Roland Garros. A Paris, Rezaï se hisse jusqu’en huitièmes mais plie sous les coups de Dinara Safina. En fin d’année, à Bali, alors que coulent les larmes de désespoir de Yanina Wickmayer, obligée de quitter le tournoi après l’affaire des "whereabouts", la Française, elle, confirme enfin. Si elle remporte son deuxième tournoi WTA, elle signe surtout un succès de prestige : la compétition regroupait les meilleures joueuses de l’année, sauf les qualifiées pour le Masters. 44e à la fin 2009, Rezaï, cette fois, ne perd plus de temps en chemin. Aujourd’hui 16e mondiale après son triomphe à Madrid, Aravane n’a jamais semblé aussi forte. Reste à savoir quelle sera sa capacité à gérer la pression. Car pour les Françaises, à Roland Garros - demandez à Amélie Mauresmo ce qu’elle en pense -, l’avantage du terrain n’est qu’une fiction...