Le jeudi de la deuxième semaine est traditionnellement une grande journée à l’Australian Open. Les demi-finales dames s’y disputent dans l’après-midi et la première demi-finale messieurs est aussi au programme en soirée. C’est dire si l’attention, dans l’enceinte de Melbourne Park, était principalement focalisée sur Caroline Wozniacki, Kim Clijsters et Roger Federer.

L’annonce de la deuxième fin de carrière de Justine Henin étant tombée durant la nuit "down under", nombre d’Australiens n’étaient même pas au courant de la nouvelle. Certains, de toute façon, avaient d’autres chats à fouetter alors qu’ils cherchaient à soigner leur gueule de bois de la veille, jour de l’Australia Day, ravis de pouvoir s’aérer l’esprit alors que le soleil avait fait sa réapparition.

C’est fou, en revanche, le nombre de journalistes qui vinrent nous trouver dans la salle de presse pour nous demander des informations sur le nouveau départ à la retraite de la finaliste de l’an dernier. Certains avaient été réveillés en pleine nuit, d’autres ne l’avaient appris qu’au petit-déjeuner.

Et les commentaires à l’égard de la Famennoise n’étaient pas toujours élogieux. "Quel manque de tact !" nous lança ainsi un journaliste français. Elle aurait voulu perturber Kim qu’elle ne s’y serait pas prise autrement."

"C’est une autre histoire de dopage", nous glissa, avec ironie, un confrère espagnol qui avait également travaillé très tard en raison de l’élimination de Rafael Nadal. "C’est ridicule !" déclara un journaliste américain. "Et Lleyton ? Il a presque deux hanches articificielles. Il pourrait aussi abandonner. Pourtant, il se bat encore", ajouta un collègue australien.

C’est vrai que le comportement de Justine Henin est bizarre. L’ancienne première joueuse mondiale, après tout, avait été la première à nous confier à son arrivée à Melbourne qu’il lui faudrait encore sans doute six mois avant qu’elle ne retrouve son meilleur niveau. Elle avait même ajouté que son coude n’aurait pas raison d’elle. Et voilà qu’après avoir chuté à la première haie, dans un match contre Svetlana Kuznetsova dont elle aurait même pu sortir victorieuse, elle jette l’éponge.

La Famennoise s’est toujours plu à répéter qu’elle ne faisait jamais les choses dans les règles, mais là il y a peu de chances qu’elle se soit attiré la sympathie du monde du tennis. Les Australiens, d’ailleurs, n’aiment pas les "quitters", les gens qui abandonnent.

Dans un pays où le sport est une véritable institution et où les champions sont admirés pour leur force de caractère et leur dépassement de soi, c’est quelque chose qui se tolère difficilement. Après tout, à ce rythme-là, Andy Roddick aurait déjà aussi pu laisser tomber, traumatisé par sa défaite 16-14 au cinquième set dans une finale d’anthologie à Wimbledon en 2009 contre Roger Federer.

Et Rafael Nadal. Il vient de prendre un nouveau coup sur la tête, mercredi soir, en contractant une nouvelle blessure, à la cuisse cette fois. Il a tout gagné et pourrait tirer sa révérence. Pourtant, il fera tout pour disputer la Coupe Davis contre la Belgique à Charleroi.

Beaucoup de gens ici se demandent en tout cas comment Justine Henin a pu s’y prendre pour gagner quatre matches en Hopman Cup et passer deux tours à Melbourne avec un coude aussi endommagé. Car, si son articulation est aussi détérioriée qu’on le dit, la lauréate de sept levées du Grand Chelem n’aurait probablement pas pu frapper plus de trois balles sans finir par se tordre de douleur Et si elle revenait dans quelques mois ?