Même si l’investissement socialement responsable (ISR) est en croissance en Belgique, il a encore du chemin à parcourir. Ces produits ont leur place en portefeuille et l’investisseur a aussi un rôle à jouer ! Il ne doit pas hésiter à interroger son banquier sur la méthodologie utilisée et sur la qualité des valeurs présentes en portefeuille.

Dans les investissements socialement responsables, il est sans doute bon de refaire le point sur la terminologie. On entend par durabilité « tous les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance qui favorisent un mode de vie durable et responsable ». Cette notion englobe donc un ensemble de critères qui vont de la protection de l’environnement, au respect des droits sociaux en passant par l’instauration d’une bonne gouvernance.

Un peu d’histoire

Historiquement, aux États-Unis, de grands groupes religieux, tels que les quakers, par exemple, détenaient des fonds importants. Dans les années trente, ces groupes se sont dit qu’il serait bon d’investir ces capitaux dans des entreprises qui n’enfreignaient pas certaines règles morales. L’investissement éthique était né. En Europe, les fonds éthiques sont apparus plus tard avec, en France, l’apparition des premiers fonds religieux en 1983. Aujourd’hui, c’est une notion qui a fait son chemin dans les portefeuilles. Au départ, ce concept était surtout d’ordre écologique. D’une notion environnementale, le concept a ensuite évolué vers une notion plus sociétale. On est passé d’un investissement éthique et moral à une notion beaucoup plus citoyenne avec la terminologie de développement durable ou plus récemment avec le concept RSI (pour Responsible Social Investment) ou ISR pour Investissement Socialement Responsable. Les investissements ISR sont ces produits qui se préoccupent non seulement de l’impact environnemental et social des investissements, mais aussi de leur impact sur les générations futures. On parle aussi de fonds ISRD pour Investissement Socialement Responsable et Durable. En anglais, ces fonds sont nommés RSI ou ESG (pour Environment Social and Governance). Les valeurs sont sélectionnées dans ces fonds durables selon différents critères. À titre d’exemples, seront ainsi retirés de l’univers d’investissement les secteurs du tabac, de l’armement, de la pornographie. Les gestionnaires peuvent ensuite appliquer des critères positifs sur base d’une thématique durable ou « best-in-class ». Certains se préoccupent également d’engagement actionnarial. Le plus souvent c’est le critère best in class qui est pris en considération. Les entreprises sont analysées sur base de critères environnementaux sociaux et de gouvernance. L’approche best in class consiste à prendre, dans un secteur, les entreprises qui répondent le mieux à ces critères. Ensuite, la sélection se fait sur base des critères financiers habituels. On parle aussi souvent d’« impact investing » qui est un investissement qui permet de donner à son épargne une dimension sociale en finançant des entreprises qui sont rentables économiquement et qui ont un fort impact social.

Les Belges s’y mettent aussi

Et en Belgique, où en est-on ? Fin 2016, 330 fonds ISR étaient proposés au grand public avec des souscriptions représentant 16 milliards d’euros, ce qui représente 9 % du total des fonds sur le marché belge. L’investissement socialement responsable a donc encore du chemin à parcourir. Et qu’en est-il de la qualité extrafinancière de ces fonds ? Sur 330 fonds repris dans cet univers, et selon les critères retenus par l’ASBL Financité, 86 % des fonds commercialisés en Belgique n’ont obtenu aucune étoile relevant leur qualité extrafinancière. Alors, ce marché a-t-il un avenir ? Des études montrent qu’il y a un réel intérêt de la part des investisseurs. Un investisseur sur deux serait prêt à investir de cette façon. Ce type de sélection favorise les entreprises et les pratiques durables, et il limite les risques de réputation tout en répondant à une demande de transparence. Quant à la rentabilité de ces fonds, elle dépend des aléas des marchés boursiers et est globalement identique à celle des fonds classiques. Plusieurs enquêtes sont régulièrement menées dans ce segment de marché en Belgique. En juillet 2018, NN Investment Partners a ainsi réalisé une enquête sur 2 167 personnes actives pour analyser leur sensibilité à la durabilité. On constate que les Belges accordent surtout de l’importance aux critères environnementaux et considèrent que cet aspect est essentiellement du ressort des pouvoirs publics. De ce fait, la majorité d’entre eux ne prend pas ses responsabilités au niveau individuel dans cette sphère. Autre fait marquant : la sensibilité aux aspects durables augmente avec l’âge et les revenus. Les Belges ont majoritairement un comportement plus durable qu’il y a 5 ans, mais ce comportement s’applique surtout au tri des déchets ménagers, à la diminution de la consommation d’eau et d’énergie et à l’achat de produits locaux.

Des limites dans l’investissement

Et qu’en est-il des investissements durables ? Dans cette sphère, il est montré que les Belges ont une connaissance plutôt limitée en matière d’investissement durable. Il faut donc poursuivre les efforts en matière d’éducation à la fois des investisseurs et des conseillers en placement. 70 % des personnes sondées estiment que les institutions financières s’intéressent trop peu à cet aspect. On peut donc améliorer l’offre en sensibilisant davantage les investisseurs à ces facteurs. Mais il faudra aussi leur avancer les preuves de durabilité de ces investissements. Il faut aussi que ces investissements puissent prouver qu’ils dégagent des performances comparables à celles des investissements classiques. Le secteur financier peut donc susciter la demande grâce à une offre cohérente, sur base de critères de durabilité tangibles qui permettent de convaincre les investisseurs de se positionner dans cette classe d’actifs. Idéalement, ces fonds devraient accorder autant d’importance à chacun des critères : environnement, social et gouvernance. Un autre aspect auquel il convient d’être attentif est de voir si la sélection des valeurs se fait en interne, ou par un bureau extérieur. Il existe différentes méthodologies qui se basent sur diverses approches. Il faut pouvoir distinguer la qualité intrinsèque à chaque offre. Il convient aussi de réaliser que l’éthique est une notion très personnelle.

F.S.