Finances

Quelle valeur doit avoir un patrimoine pour être versé dans la catégorie des grandes fortunes ? Les banquiers privés ont des critères variables. La Belgique compterait entre 115.000 et 300.000 millionnaires en dollars. Parmi ces personnes fortunées, on trouve aussi des « super riches », qu’ils soient gagnants du lotto ou entrepreneurs à succès.

À partir de quel montant peut-on être considéré comme riche ? Si l’on s’en tient aux critères qu’utilisent les banquiers privés, le seuil de 500 000 euros revient fréquemment, mais certains sont plus exigeants (un million d’euros) et d’autres, plus conciliants (100 000 euros, voire 50 000 euros, à certaines conditions). Dans ce dernier cas, il sera souvent exigé que la somme en question soit constituée uniquement d’actifs financiers, en excluant donc les biens immobiliers. Et les services personnalisés proposés seront moins nombreux que ceux réservés aux plus grandes fortunes.

Pour les « private bankers », l’évaluation de la valeur globale d’un patrimoine permet d’opérer un premier tri entre les clients potentiels et ceux que l’on réoriente vers la banque « traditionnelle ». Les spécialistes de la banque privée réalisent d’abord une analyse systématique de la situation patrimoniale du (futur) client. Ils ne se contentent pas d’additionner simplement les montants des actifs financiers et immobiliers. La situation familiale est analysée, l’endettement est évidemment pris en compte, les besoins financiers, les dépenses et les souhaits exprimés par le client potentiel sont joints au dossier.

Combien de grandes fortunes en Belgique ?

Cette analyse approfondie des avoirs et de la situation globale du patrimoine permet au banquier privé de déterminer si le prospect peut être considéré comme un client fortuné. Combien en trouve-t-on en Belgique ? Sans surprise, la discrétion dans laquelle opèrent les banques privées empêche d’obtenir des chiffres précis à ce sujet, mais diverses estimations circulent. Dans un rapport mondial sur le patrimoine, Crédit Suisse calcule qu’environ 300 000 personnes établies en Belgique détiennent un patrimoine supérieur à un million de dollars (soit plus de 850 000 euros environ, au cours actuel de la devise européenne face au billet vert).

Toujours selon ce rapport, le patrimoine moyen d’un adulte belge serait d’environ 230 000 euros (montant net, comprenant les actifs financiers et l’immobilier, le tout étant diminué des dettes). Inutile de préciser que, compte tenu de la répartition très inégale des patrimoines, une grande majorité de gens ont un patrimoine d’un montant plus faible. Les plus grandes fortunes tirent cette moyenne vers le haut. Faute de cadastre des fortunes, il est impossible d’extraire la valeur médiane, qui permettrait d’avoir une vision plus juste du patrimoine du Belge moyen.

Une autre étude, réalisée par Capgemini, se montre plus restrictive dans l’estimation du nombre de grandes fortunes belges. Dans son rapport annuel sur les grands patrimoines de la planète, le groupe de consultance évalue le nombre de résidents belges possédant au moins un million de dollars à près de 115 000 personnes. Capgemini qualifie ces millionnaires en dollars de « high-net-worth individuals » (HNWI), soit des individus au patrimoine net élevé. Compte tenu de cette estimation, la Belgique figure, selon le consultant, à la vingt-sixième place dans le classement des pays qui comptent le plus de millionnaires en dollars.

Il ne s’agit là que d’estimations basées sur différents critères comme le montant global de l’épargne des Belges, la situation économique du pays, les prix de l’immobilier, la valeur des capitalisations boursières de la Bourse de Bruxelles, etc.

Des Belges « super-riches »

Parmi les Belges les plus fortunés, on trouve aussi des « super riches ». Capgemini, qui désigne ces personnes richissimes d’« ultra-high-net-worth individuals » (UHNWI) ou individus au patrimoine net ultra-élevé, classe dans cette catégorie les personnes qui sont à la tête d’actifs financiers d’au moins 30 millions de dollars (environ 25 millions d’euros). On entre là dans une tout autre dimension...

On peut placer dans ce groupe le dernier gagnant belge de l’EuroMillions, qui a remporté, l’été dernier, la somme rondelette de 107 millions d’euros. Mais la fortune d’une millionnaire peut aussi être le fruit du succès de son entreprise. Imaginez un jeune féru d’informatique qui, au sortir de ses études, parvient à développer une nouvelle application qui répond aux besoins de millions de personnes : sa trouvaille peut rapidement se transformer en un succès commercial retentissant et lui procurer des revenus qu’il n’aurait jamais imaginés. Cela peut être une bonne chose, car bon nombre d’entrepreneurs à succès gardent la fibre entrepreneuriale, même après avoir fait fortune, ce qui les conduit à financer le développement d’entreprises débutantes.

Mais en Belgique « les grandes fortunes sont plutôt jalousées », confie un banquier privé. « Pourtant, on pourrait être admiratif de la façon dont ces riches entrepreneurs investissent. » C’est probablement l’un des meilleurs usages qui puissent être faits de ces sommes colossales.

J.E.