La mécanique des places financières est souvent obscure, faite de grandes phases euphoriques suivies de moment de déprime ou de panique. Après 10 ans de hausse, Wall Street est actuellement secouée par les craintes.

2018 restera dans les esprits des jeunes investisseurs américains comme l’année de la découverte du côté obscur de la Bourse et des placements. Après 10 années de remontée consécutive au krach de 2008, année de l’implosion des « subprimes », ces produits composés de mauvais crédits hypothécaires et d’obligations de qualité moyenne, voilà que Wall Street connaît les premiers soubresauts d’une correction de grande ampleur. En quelques semaines, les stars de la cote américaine, des entreprises technologiques surtout, ont été massacrées et l’on a vu au passage des centaines de milliards de dollars de capitalisation boursière passer à la trappe. Et cela, quelques semaines seulement après que deux entreprises américaines, Apple et Amazon, ont vu leur capitalisation boursière dépasser le cap hallucinant de 1 000 milliards de dollars.

Une surévaluation évidente

Les espoirs d’une poursuite de la croissance américaine étaient tels que ces chiffres astronomiques n’ont pas refroidi l’enthousiasme des investisseurs. Que du contraire ! Une nouvelle vague d’acheteur est entrée dans le marché des grosses capitalisations de l’industrie numérique, avant de voir le marché s’effriter, faiblir, reculer. Le problème de cette génération d’investisseurs, versés dans les matières numériques, ou en tout cas, familiers de ces dernières, est qu’elle n’a jamais connu de marché baissier. Les « millennials » qui ont acheté la tendance à la fin de l’été devraient faire de même alors que des paramètres décisifs ont commencé à influencer le marché des actions. Celles qu’ils avaient élues, Amazon, Microsoft, Netflix, Facebook ou Google, étaient chères. Certaines comme Amazon étaient très clairement surévaluées. La correction en cours devrait ramener ces titres à des niveaux de valorisation alignés sur les fondamentaux.

Fin de cycle

Aux États-Unis, il faut le rappeler, l’engouement pour les valeurs cotées a été alimenté et même suralimenté par la baisse volontaire des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine, qui a amené les taux à court terme à zéro ! Une politique audacieuse qui a d’ailleurs été suivie par une opération de grande ampleur destinée à maintenir également les taux à long terme au plancher : le « quantitative easing ». Cette politique a permis de relancer la machine économique américaine, lentement, mais avec de très bons résultats. Du point de vue de l’investisseur, cela s’est traduit par une reprise du courant des affaires, une progression continue des résultats des entreprises, et par une appréciation simultanée de leur valorisation boursière.
Les taux d’intérêt au plancher ont aussi défavorisé les placements dits « sans risque », dont le rendement est passé sous le niveau de l’inflation. Ce dernier mécanisme portant bien souvent les taux d’intérêt réels sous zéro.
La seule alternative était donc une politique d’investissement plus risquée, au travers de la Bourse ou de fonds contenant plus d’actions que d’obligations.
Mais on est aujourd’hui, aux États-Unis, arrivé au bout de ce cycle de reprise. L’économie américaine tourne bien, et la Réserve fédérale qui a acquis pour soutenir ce mouvement, des milliers de milliards de dollars d’obligations, commence à inverser le flux. Elle a aussi entamé fin 2015 le retour progressif à la normale de sa politique monétaire (taux d’intérêt à court terme) en remontant les taux restés à zéro près de 8 ans. Ce qui devrait calmer une économie un peu trop en forme.
Il y a donc un contexte qui conduit une part des investisseurs à délester leur portefeuille d’actions au profit d’obligations. Ceci ne se passe pas en quelques jours, évidemment. Le marché boursier américain serait donc entré dans une phase de correction à moyen ou long terme. Un des problèmes à la base d’un tel mouvement est la cohésion des valeurs. Elles sont reprises dans des indices qui sont répliqués dans des fonds d’investissement qui achètent ou vendent selon leur stratégie, « tous » les titres inclus dans les indices comme le fameux « Dow Jones ». Lorsque des valeurs de poids comme Apple ou Amazon et Google commencent à décélérer, leur évolution imprime aux indices une dynamique négative qui affecte tout le marché. Les ventes appelant les ventes.

Sélection pointue

Est-ce à dire que le marché boursier américain est mort ? Non, bien entendu. Dans un environnement baissier, de belles valeurs représentant des entreprises en forme dont les bénéfices augmentent subissent la pression du marché. Leur valorisation est alors revue à la baisse, alors que leur potentiel réel, industriel, est encourageant. Un marché baissier recèle donc de belles occasions, à condition d’avoir du nez, et… du temps. La recherche de valeurs aux cours de Bourse déprimées, mais au beau potentiel de croissance s’appelle le « stock picking ». Pour effectuer de tels choix, apparemment audacieux, on peut se fier à son propre jugement, ou lire en profondeur les rapports d’activité des entreprises que l’on imagine porteuses à terme, ou encore, s’abonner aux lettres d’analyses de spécialistes boursiers — elles foisonnent. Mais les conseilleurs ne sont pas toujours les payeurs.

Stratégies plus fines ?

Réagir au malaise boursier tout en gardant un pied dans le marché ? c’est possible. De belles entreprises émettent des obligations convertibles. L’investisseur qui veut du rendement, peu de risque, et une part du potentiel boursier d’une entreprise peut opter pour des convertibles. Au moment de l’émission ou sur le marché secondaire, ces obligations ne sont pas rares, et certains gestionnaires s’en sont fait une spécialité. En cas de reprise des actions de l’entreprise émettrice de ces obligations, et sous certaines conditions définies dans le prospectus d’émission des obligations convertibles, celles-ci peuvent être échangées contre des actions. Ceci permet aux investisseurs (les « obligataires ») de passer d’un placement à un autre, tout à son avantage. Notons au passage que l’entreprise qui a financé des projets via des convertibles, est elle aussi gagnante en cas d’échange : ses projets lui apportent des bénéfices supplémentaires, et la conversion d’obligations en actions réduit son endettement. Ceci demande, évidemment, une analyse préalable de la part de l’investisseur.