Le Roi tente la formule à trois
La rencontre Di Rupo-De Wever organisée lundi par Johan Vande Lanotte présageait bien de la suite des événements. Exit les libéraux et retour des pourparlers à sept ? Pour le moment, sans doute.
- Publié le 12-01-2011 à 09h43

La rencontre Di Rupo-De Wever organisée lundi par Johan Vande Lanotte présageait bien de la suite des événements. Exit les libéraux et retour des pourparlers à sept ? Pour le moment, sans doute. Hier, les présidents de la N-VA et du PS se sont succédé à Laeken, juste avant le rendez-vous de Johan Vande Lanotte, confirmé malgré le décès de sa mère survenu lundi soir. Le communiqué du Palais est tombé sur le coup de 19h. Il charge l'Ostendais "de prendre toute initiative utile, en dialogue privilégié avec les présidents des deux plus grands partis, en vue de sortir le plus vite possible de l'impasse politique actuelle. De cette manière, le bien-être de tous les citoyens de notre pays pourra être préservé." Le conciliateur (SP.A) a accepté de rempiler pour un nouveau tour de carrousel, prioritairement avec le PS, la N-VA, Ecolo-Groen !, le CDH et le CD&V. A la nuance près que c'est désormais un trio formé avec Elio Di Rupo et Bart De Wever qui dirigera les discussions. De cette façon, le Souverain remet la conciliation en selle tout en satisfaisant le CD&V et la N-VA qui, depuis la semaine dernière, ont demandé que PS et N-VA prennent les choses en main.
La note du conciliateur royal reste par ailleurs pleinement d'actualité même si elle devra être aménagée avant que les sept ne reviennent à la table, un peu, disons-le, comme l'avaient aussi demandé le CD&V et la N-VA. Lundi, cette formule "d'affinage" de la note rencontrait déjà les vœux de six des sept partis engagés. Et, au bout du compte, la N-VA aurait finalement accepté moyennant une discussion sur certaines de ses "remarques".
Comment expliquer ce revirement ? Par un changement de cap du CD&V, d'abord celui-ci ayant ces derniers jours étalé ses problèmes de coordination interne. Après avoir rejeté la note, en contradiction avec le bureau politique du parti, le président Wouter Beke a soutenu le maintien de Johan Vande Lanotte dans sa mission royale. Plus encore, il pourrait renoncer à la communautarisation d'une partie des allocations familiales. Celle-ci ne rapporterait pas grand-chose à la Flandre, serait difficile à mettre en œuvre et, surtout, renforcerait l'organe bicommunautaire bruxellois (la Cocom) à qui serait confiée cette nouvelle compétence en Région bruxelloise. Cette Commission communautaire commune n'étant dans les faits qu'un miroir de la Région-Capitale, cette dernière en sortirait renforcée, ce qui est contraire à la ligne des socio-chrétiens flamands.
Deuxième explication : des tensions nouvelles entre le MR et la N-VA. Il semble que les informations parues samedi dans "La Libre" dans le cadre de la série "Les forçats de la rue de la Loi" n'y soient pas étrangères. Le dossier de ce premier volet entrait dans le détail de la rencontre entre les deux partis qui s'est déroulée fin août chez Bruneau, célèbre table bruxelloise. Un détail qui n'a pas échappé à la N-VA et ne lui a visiblement pas plu. Celle-ci s'est donc à nouveau tournée vers Elio Di Rupo pour obtenir des garanties en cas de reprise des négociations.
De l'entourage de la conciliation, il revient que la N-VA a demandé ce que l'on appelle "un gros poisson", soit la régionalisation totale d'une compétence importante. L'emploi est en ligne de mire. De quoi permettre à Bart De Wever de présenter une victoire symboliquement forte au Nord du pays. En échange, la communautarisation des allocations familiales serait abandonnée également par les nationalistes. En télévision, Sigfried Bracke (N-VA) le confirmait hier soir en estimant que la réforme de l'Etat pouvait être réduite à un "thème prioritaire". Mais la N-VA demanderait aussi le maintien de la proposition de Johan Vande Lanotte sur BHV et émet de sérieuses réserves sur le refinancement de Bruxelles, trop important (370 millions) et trop rapide (dès 2012) pour elle. Ceci n'augure, bien sûr, pas des discussions faciles dans les jours qui viennent. "Il n'y a pas encore de deal", prévient d'ailleurs un observateur. Une première rencontre estampillée "conciliation 2" entre Johan Vande Lanotte, Elio Di Rupo et Bart De Wever est annoncée pour aujourd'hui.
Au rayon réactions, Ecolo, CD&V et CDH se sont rapidement exprimés pour saluer la décision royale. Mais pointons également la menace de Groen !, qui demande la fin des négociations "yo-yo" et que chaque parti démontre sa volonté d'aboutir. Dans le cas contraire, les verts flamands disent à demi-mots qu'ils pourraient se retirer. Une tentation que certains perçoivent aussi chez Ecolo. Groen ! réclame en tout cas la reprise rapide des discussions à sept, voulant sans doute dire qu'il n'est pas question que les deux grands partis fassent tout ensemble. Le SP.A assiste pour sa part à un retour de la confiance. Le PS n'a pas encore réagi, mais on dit Elio Di Rupo mécontent. Il aurait préféré que le CD&V soit mouillé plus avant, qu'il prenne enfin des responsabilités.
Et les libéraux dans tout cela ? Rien pour le moment, mais il n'est pas exclu que le président du PS organise une réunion du front francophone. Ni le CDH ni Ecolo n'y sont foncièrement hostiles.
Faut-il se réjouir de la reprise de négociations ? Pas encore. Les jours qui viennent nous diront si la situation est fondamentalement différente de celle de la semaine dernière, où Johan Vande Lanotte remettait son tablier.
Des étudiants de la VUB mobilisentManifestation. Et si les Belges finissaient quand même par bouger ? Dans notre chronique "Ripostes" de ce jour - pp 50-51 - deux observateurs de la vie politique commentent la grande apathie des Belges face à la crise politique. Or voilà qu'un groupe d'étudiants de la VUB appelle à une manifestation nationale le 23 janvier prochain car selon eux, il est temps que les Belges prennent la parole. Sur leur site "Shame. No government for our country after 200 days (http://230111.be), Simon Vandereecken et Alex Hermans vont droit au but : "Nous avons assisté, impuissants, au cirque politique où les présidents de partis sont appelés et renvoyés sans cérémonie, où l'on fait fi des décisions royales et où les avis de divers organes réputés, désintéressés et indépendants sont foulés aux pieds. Nous en avons assez !" Et de reprendre à leur compte une analyse d'Yves Desmet du "Morgen" qui rappelait que "c'est dans la modération que réside le véritable courage politique, pas dans l'entêtement à défendre à tout prix sa position" . Les étudiants organiseront une manifestation à Bruxelles le dimanche 23 janvier qui ira de la Bourse à la place des Palais. Ce sera une "marche pacifique qui a pour but de sensibiliser le monde politique à nos intentions, de lui dire que nous voulons qu'il y ait une entente des deux côtés de la frontière linguistique. Il n'y aura ni violence, ni vandalisme, ni brutalité. Nos voix résonnant dans les rues de notre capitale doivent réveiller la Rue de la Loi ! L'Union fait la Force !" . Les organisateurs demandent que les participants s'habillent de blanc pour éviter toute récupération politique. A côté d'un site web, ils mobiliseront aussi via les principaux réseaux sociaux et invitent les automobilistes à afficher leur honte sur leur voiture. C.Le
Chattez avec Martin Buxant de 11h à midi sur la série "Les forçats" et les derniers développement de l'actualité politique
